Le numérique : quelles avancées, quels dangers ?

A l’occasion d’une conférence sur l’impact des nouvelles technologies organisée par Amnesty International, l’idée de réagir face à ce vaste thème a germé petit à petit dans ma tête. Nul ne l’ignore désormais, nous sommes à l’aube d’importants bouleversements inhérents à cette nouvelle ère en transition : l’âge du numérique. Internet est sans conteste l’une des plus grandes avancées de ces dernières décennies et avec lui, vient irrémédiablement de nouveaux enjeux, des défis inédits.

La variété et la multitude de questions annexes découlant de cette thématique principale nous contraint toutefois à nous focaliser sur certains points précis relatifs à notre condition de citoyen lambda. C’est pourquoi, dans la continuité de la réunion à laquelle j’ai participé, nous nous demanderons comment évolue la liberté d’expression essentielle à la définition d’une démocratie. Ainsi faut-il privilégier la notion d’Etat sécuritaire à celle d’Etat de droit ?

Les réseaux sociaux, quelle frontière ?

Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus conviés à donner nos points de vues sur le net par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Facebook, Twitter, Snapchat sont autant de manière de divulguer des fragments de notre pensée à qui voudra bien les lire, les comprendre. Probablement l’étape ultime de l’accession à la liberté d’expression si chère à nos sociétés occidentales. C’est bien simple, il y a encore quelques temps, tout ce qui pouvait être inscrit sur Internet participait au débat public et ne souffrait d’aucune réglementation. Entre diffamations, glorifications raciales ou apologies du terrorisme, l’Etat s’est finalement décidé à instaurer certaines jurisprudences dans l’optique de réguler ce gigantesque trafic de mots.

Mais de cette situation, quels enseignements pouvons nous être légitime de tirer ? L’Etat se dresse-t-il finalement comme un frein à notre liberté intellectuelle ? « Notre liberté s’arrête à l’endroit même où commence celle des autres » avons nous coutume d’énoncer, mais qu’en est-il de la réalité ? La limite est à mon sens fragile, quoiqu’imperceptible, ou dépend justement de la sensibilité de chacun. De ce fait, le droit à l’intégrité et à la respectabilité d’autrui est évidemment beaucoup moins applicable et appliqué sur Internet que dans la vraie vie. Un constat spécifique à cette situation ? Pas vraiment…

« Big Brother is watching you »

Difficile d’être passé à côté, l’affaire Snowden a fait grand bruit et pour cause, il s’agit certainement des révélations les plus impressionnantes en matière de surveillance de masse. Récapitulons les faits brièvement : Edward Joseph Snowden est un informaticien américain, ancien employé de la CIA et de la NSA, qui a révélé les détails de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques, dont PRISM, le plus connu. Désormais exilé en Russie, son histoire a récemment été adaptée en film et a relancé de nombreux débats. Nos données sont-elles intégralement stockées ? Des personnes sont-elles embauchées pour nous surveiller ?

Contexte anti-terrorisme et psychose d’embrigadement djihadiste obligent, il paraît évident que nos interactions sociales et numériques n’ont jamais été autant épiées. Nos contenus confidentiels tendent effectivement à devenir bien subjectifs face aux services de renseignements les plus efficaces de la planète. Dans l’environnement suspicieux qui est le nôtre, devons nous sacrifier notre droit à la vie privée au bénéfice d’une sécurité qui ne pourra jamais être assurée ? Réduire notre liberté au profit d’une sécurité accrue, c’est prendre le risque d’abandonner les deux. En outre, Benjamin Franklin disait, au cercle des libres penseurs de Tunis : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour plus de sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre et finit par perdre les deux ».

Au final, l’avancée des nouvelles technologies en matière de partage et de réseaux sociaux sont évidemment sources de dialogues, de débats mais parfois aussi de conflits, de clashs. La législation française a dû s’adapter à un tout nouveau type de criminalité, plus discret, moins facile à neutraliser puis à condamner. De la même façon, certaines actions gouvernementales se permettent désormais de s’immiscer dans nos vies privées le plus souvent de façon secrète et donc parfaitement illégale. Bien que l’Etat d’urgence soit de mise et par conséquent que les procédures de perquisitions demeurent facilitées, nos droits les plus fondamentaux plient face au numérique. Gardons en tête qu’Internet n’est pas un jardin secret pixellisé. Lorsqu’une guerre civile explose, numérique ou non, les droits et libertés du peuple sont les premiers à tomber.

Benjamin Haran

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