Entretien avec Marion Joffle : objectif traversée de La Manche 2020 !

À l’aune d’un premier tour d’élection présidentielle inédit mais non sans attente ni surprise, il y a des envies de départs et des recherches de l’inconnu. Il y a l’envie de faire de nouvelles rencontres, dans de nouvelles contrées, à l’affût de nouveaux horizons et de couchers de soleil plus beaux. Mais c’est sans rappeler que c’est partout dans le monde pareil ; quand le soleil se lève, il illume chacun d’entre nous, sans négliger la moindre personne, sans faire aucune distinction entre les hommes. Mais il paraît – en tout cas, c’est ce que l’on tente de nous faire croire – qu’il y a quand-même une différence qui doit s’établir. À peine j’écris ce mot « différence » que ce sont des inégalités qui se dessinent, classifiant les humains – ou plutôt ce qu’il en reste – en deux catégories : les « bons » et les « mauvais ». Vous comprendrez lesquels sont lesquels. Je vous le garantis, je ne parlerai pas de politique dans cet article, mais de sport. Car, paradoxalement, c’est l’une des dernières choses où l’on est encore tous dans le même camp. Même à courir après un ballon pendant 90 minutes ; parce qu’à la fin, on échange les maillots entre adversaires humains. Je ne parlerai pas de politique dans cet article. Suffisamment pour dire que le soleil a beau briller partout, il fait tout de même malgré lui la distinction entre les éclairés et les illuminés…

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Tout commence il y a un onze ans, dans un centre de vacances, avec un toboggan. Marion ne put y aller, ne sachant nager. Vexée, elle demande à ses parents de lui faire prendre des cours de natation, afin d’accéder dorénavant à ce genre d’activité ludique qu’est le toboggan, et dont la plupart des personnes a déjà joui une fois, étant enfant. Depuis, Marion Joffle, qui a fêté son dix-huitième anniversaire il y a quelques semaines, n’a plus jamais quitté les bassins et leur eau chlorée. Après des débuts au Neptune Club Lisieux où nous nous sommes rencontrés pour la première fois, elle s’est ensuite entraînée dans différents clubs de la région Normandie, passant même par l’AS Trouville Deauville triathlon, club dans lequel nous nous sommes retrouvés après quelques années, avant d’avoir passé notre BNSSA* ensemble, l’année dernière.Les résultats scolaires étant bons, le lycée lui permet quelques absences dans l’année durant lesquelles la jeune nageuse s’entraîne intensément, avec un volume horaire de trois jusqu’à quatre heures par soir. Elle se spécialise alors dans la natation longue distance, en eau libre, et le travail paie ! La saison 2016 fut couronnée pour Marion. Nous pouvons comptabiliser un titre de Vice-Championne de France de 25 kilomètres en catégorie cadette, remporté en 6’25 »01 »’ à Montargis, du 6 au 9 mai, et d’une très belle et honorable deuxième place à la Coupe de France toutes catégories confondues, à Jablines, le 16 septembre dernier. Cette course se déroulait en vingt-deux étapes où Marion pris le départ de quinze d’entre elles, nageant en tout 177 kilomètres et réalisant un total de 5660 points. La sportive me confia que le jour de son titre de Vice-Championne de France, ce n’était alors que la première fois qu’elle prit le départ d’une course d’une aussi longue distance, n’ayant fait qu’un test de 20 kilomètres à Caen en septembre, sur lequel elle réalisa le temps de 5’20 ». De plus, peu avant les championnats nationaux, elle « s’absenta » deux semaines des bancs de cours pour s’entraîner à Nice avec Loïc Branda, titré des Championnats du Monde en eau libre.Mais aujourd’hui, la page des Frances étant tournée, Marion se lança un nouveau défi : traverser La Manche à la nage. Projeux ambitieux pour lequel la jeune femme se donne trois ans de préparation. Alors la lycéenne s’entraîne, inlassablement. Depuis septembre, elle revêt le maillot de bain une heure-et-demi à deux heures chaque jour, étant tenue de ne pas en faire plus en raison du bac en juin prochain. En novembre et décembre de la même année, la nageuse a participé à plusieurs compétitions en bassins, nageant le papillon sur du 50 mètres et du 200 mètres afin de développer sa puissance de bras. Malgré un gros coup de fatigue au mois en janvier qui a tout de même duré près de trois semaines, les soutiens du lycée et de la famille lui permettent de repartir de bon pied en ce début d’année. Sa mère, qui est soucieuse de la part à ne pas négliger dans la préparation de sa fille qu’est celle de la nutrition, veille à ce que sa fille s’alimente correctement, malgré quelques « plaisirs ». Marion souligne alors que « le petit déjeuner est l’essence de la journée ».Ce projet, m’explique-t-elle, aussi fou soit-il, lui a été inspiré d’un ami du milieu de la natation, Philippe Fort, qui a réussi la traversée de La Manche le jeudi 25 août 2016 (lui a la cinquantaine d’années, je tiens à le préciser). Elle décrit ce défi comme « atypique », dans la continuité aussi des Championnats d’Eau Froide (Ice Swimming) de 2018 en Estonie auxquels elle prendra le départ, ce qui lui servira de préparation pour son objectif final. Si ses parents furent réticents en raison d’un manque de préparation (six mois seulement) lorsqu’elle leur annonça sa volonté de participer aux championnats nationaux, ils s’avérèrent en revanche être bien plus enthousiastes pour ce qui est de ce projet nouveau. C’est vrai ! Un titre de Vice-Championne de France avec aussi peu de préparation, pourquoi pas donc la traversée de La Manche ?Pour ce qui est de l’événement en lui-même, il se déroulera entre le 9 et le 15 septembre 2020 (le jour restera à déterminer, en fonction des conditions météorologiques). La France refusant toute traversée de La Manche, l’Angleterre nonobstant autorise ce genre d’entreprise, et Marion dû donc prendre contact avec une agence de bateau anglaise : « – Le contact a été pris par appel téléphonique ? Ça va, l’anglais ? – Non, nous avons correspondu par mail. Je tiens à remercier Google Traduction. ». Le départ s’effectuera donc de Douvres, le long de côtes britanniques, pour une arrivée au Cap Gris-Nez, sur les côtes françaises. En ligne droite, 36 kilomètres séparent les deux points. Mais ce n’est pas ce qui fait le plus peur à Marion. Pour la jeune fille, le courant et le froid représenteront de réelles difficultés auxquelles elle devra se rompre.Néanmoins, le projet est coûteux ; il est estimé à près de 12 000 euros. Le Conseil Général du Calvados soutient financièrement le projet de Marion, et un sponsor est déjà devenu en aide à la jeune sportive de haut niveau – il s’agit de la marque Swimbot, qui met à disposition de la nageuse un appareil de correction de technique de nage. Enfin, une cagnote est d’ores-et-déjà sur un site en ligne créé par Marion elle-même. Cet argent, une fois récolté, sera aussitôt réinvesti dans des stages de natation, sous l’encadrement de Jacques Tuset, nageur de l’extrême, ainsi qu’une inscription sur le Tour de l’île de Jersey et des séances de cryothérapie. Rappelons que la jeune lexovienne sort d’une semaine de stage en Roumanie qui s’est déroulée pendant les dernières vacances. Marion m’a ensuite exprimé sa volonté de faire une demande auprès de l’Institut Curie afin de relever le défi qui est le sien pour le combat qui, en revanche, est celui de beaucoup de personnes, contre la maladie du sarcome, autrement appelé « cancer des parties molles » dont elle fut victime, étant petite. Pour finir, la nageuse tient à remercier grandement sa maman, pour la soutenir dans toutes ses épreuves, ainsi que la piscine Le Nautile à Lisieux pour lui avoir exonéré ses entrées pour toute la saison 2016, afin qu’elle puisse s’entraîner en bassin.Souhaitons-lui bon courage. Pour ma part, n’ayant aucune envie de froisser quelque manchot, je suis certain que La Manche, c’est dans la poche !Lien de la page Facebook de Marion Joffle : https://www.facebook.com/SwimManche/?fref=tsLien du site de Marion Joffle appelant aux dons : https://www.leetchi.com/c/projets-de-marion-joffle

*BNSSA : Brevet National de Secourisme et de Sauvetage Aquatique

Victor Penin