Erykah Badu au Palais des Congrès de Paris : « Welcome to the Badu Experience »

Erykah Badu. Voilà un nom qui m’est bien familier. Plus que familier, il relève même de l’intime.

Il est 18h30, j’ai près de 10h de marche dans les pattes et les beats minneapolitano-funky du double concert des New Power Generation auquel j’ai assisté la veille résonnent encore dans mon esprit. Ça va être difficile de revivre une telle expérience musicale. Cependant l’excitation de voir Miss Badu en vrai, avec mes propres cristallins et mes propres rétines m’aide à tenir. Pour l’instant il n’y a personne au Palais des Congrès de Paris. J’appréhende la taille de la salle. Il y a en effet pour moi une incohérence entre l’intimité de la musique d’Erykah et la grandeur considérable de la salle de concert. Peu importe, je vais LA voir. Dans le hall, les écrans annonçant l’événement attisent mon impatience. Il est 19h. Un groupe de filles et une dame attendent dans la même fil que moi. C’est pas la foule. Les men in black laissent entrer les impatients dans le temple d’un soir de la prêtresse Badu. Ce que je vois alors confirme mes appréhensions: la salle est gigantesque. Peu importe, je suis bien placé. Je constate alors qu’il y a, comme moi ce soir là, beaucoup de gens venus en solitaire. Ça ne m’étonne pas. Erykah Badu, il faut connaître, il faut aimer. Le début du concert est annoncé pour 20h. Les minutes passent, la foule afflue au compte-gouttes. En me retournant, j’éprouve quelqu’empathie pour les gens qui sont tout au fond, puis me réjouis vite de leur malheur. Les lumières restent allumées. Il est 20h15, toujours personne sur scène. Vers 20h25, la lumière blanche et aveuglante de la salle s’atténue. Le public pousse un cri de soulagement. Des musiciens commencent à jouer un air africain et une femme coiffée d’une afro arrive de dos en se dandinant. Le public évacue sa frustration accumulée durant l’attente et hurle pour accueillir la chanteuse comme il se doit. Les 3/4 de la salle sont persuadés qu’il s’agit de celle que tout le monde attend. La jeune femme se retourne et il y a comme un hic. Ce n’est pas Erykah. Notre impatience nous a fait oublier qu’il y avait une première partie. La jeune chanteuse, nommée Weelye, nous propose un court show de compositions personnelles chantées en Français et en Lingala. Sitôt la première partie terminée, les lumières se rallument. Une fois de plus, des gros morceaux de minutes passent. Il est 21h15 et la moutarde monte au nez de l’audience. Le public aboie le nom d’Erykah. Rien n’y fait. Elle est là, dans les coulisses, elle nous entend, elle se fait attendre. À 21h30 passé, la salle s’assombrit et le batteur d’Erykah entame la rythmique de « Rimshot ». Nous voilà enfin en terrain connu. Les autres instruments arrivent très vite en renfort et l’excellent groupe continue sur « Rimshot » pendant peut-être 10 minutes. Soudain, Erykah Badu arrive sous les projecteurs. C’est l’euphorie dans les rangées. Elle débute la cérémonie sur « Hi », titre tirée de sa mixtape sortie en 2015. Très vite, elle s’installe à son nouveau joujou favori: la boîte à rythme électronique. Le début est prometteur. Ensuite, l’atmosphère s’apaise et la voix parfaitement maîtrisée d’Erykah nous emporte sur « Out My Mind, Just In Time ». Quelques minutes plus tard, les premières notes de « On & On », son titre phare, résonnent dans l’immensité de la salle. Le public perd les pédales. la cérémonie commence vraiment. Elle enchaîne ensuite de manière très fluide ses plus fameux titres tels que « Love Of My Life (An Ode To Hip-Hop) » ou encore « Penitentiary Philosophy ». À 46 ans, la puissance de sa voix arrive encore à nous surprendre. Elle s’arrête un moment pour nous prononcer quelques mots sur les liens mutuels entre mère et enfant. En effet cette tournée célèbre les 20 ans de son premier album « Baduizm » mais marque également les 20 ans de son premier fils, dont le père est André 3000 du groupe Outkast. Après ce cours de philosophie baduyenne, elle demande au public « Y-a-t’il des enfants de 97 ici? ». Étant concerné, je sautille en levant le bras droit et en agitant ma main comme un taré. Peut-être m’a-t-elle vu ?

Quelques chansons plus tard arrive le moment que j’espérais. Erykah interprète « Next Lifetime », certainement mon oeuvre préférée de sa discographie. Alors que sa voix langoureuse me met en émoi, je la vois se pencher vers le premier rang et enlacer un petit veinard qui se trouvait au bon endroit au bon moment. La chance! La cérémonie se poursuit et Erykah accueille un premier invité sur scène, une certaine Zap Mama, artiste congolaise venue passer un « moment spirituel avec sister Badu ». Après ce petit intermède zen, un événement inattendu va se produire. Alors que Miss Badu achève son interprétation de « The Healer », dont les paroles expliquent que le Hip-Hop est plus fort que la religion et le gouvernement, débarque sur scène un invité surprise: « Ladies and gentlemen, please welcome my brother Yasiin Bey! ». Je vois alors arriver Mos Def, a/k/a Yasiin Bey, célèbre rappeur New-Yorkais. Les deux artistes interprètent alors « Umi Says », le titre phare de Mos Def. Peu de chansons plus tard arrive le titre qui va clôturer la cérémonie (« Bag Lady » si mes souvenirs sont bons mais je n’en suis pas sûr). Il est 23h. Après à peine une heure et demi de présence sur scène, Erykah nous quitte déjà. J’espère d’abord qu’il ne s’agit que d’un entracte. Je rêvais. Je vois alors Erykah filer comme une flèche vers les coulisses presque sans dire au revoir et sans se retourner vers ce public qui lui avait fait honneur durant cette soirée. Je vois ses musiciens remballer le matos. C’est fini. La lumière bleuâtre des projecteurs s’affaiblit. Le public resté sur sa faim pleurniche. Les gens vocifèrent le nom de la diva neo-soul. Je sens le sol trembler sous mes pieds. L’audience s’agite et réclame du rab’. Une fois de plus tout le monde sait qu’elle est derrière, dans les coulisses, et qu’elle nous entend crier son nom. En vain. Plus de musiciens sur scène. Les lumières agressivement pâles de la géante salle se rallument. Les gens huent. Nous sommes déçus et frustrés par la courte durée de ce concert si attendu. J’entends une femme à côté de moi dire: « Putain la meuf ça fait 7 ans qu’elle est pas venue en France et elle fait un show d’une heure et demi sans rappel ». On peut reconnaître ici un manque de civilité de la part d’Erykah. Pourtant, elle l’aime son public, on l’a bien senti, elle nous l’a même dit directement. Enfin bref, Erykah Badu est définitivement un personnage bien mystérieux. Cet incident peut être pardonné par la passion et la puissance qu’elle a su nous transmettre durant la soirée. C’était un très bon concert en soi.

Cependant le fait de voir autant de gens chanter en chœur les refrains de ses morceaux a quelque peu touché une part intime de moi-même. Je ne voulais pas partager cette musique personnelle et privée avec des inconnus complets. J’avais tort. Ces inconnus me ressemblent après tout.

Léo Ivorra

Prochain article à suivre le mois prochain sur les jeunes blogueurs musicaux…

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