République Démocratique du Congo : le karaté comme réponse au viol

En République Démocratique du Congo, 400 000 femmes sont violées chaque année, qu’elles se situent en zones de conflits ou non. Face aux traumatismes physiques et psychologiques engendrés par cette pratique utilisée comme arme de guerre, des cours de karaté sont donnés à ces femmes pour les aider à se reconstruire.

A Bukavu, sur les rives du lac Kivu, dans l’est du pays, se trouve la Fondation Panzi. Crée en 2008 à l’initiative du docteur Denis Mukwege Mukengere, elle a pour but de soutenir les femmes victimes de viols dans leur reconstruction et leur réintégration dans la vie courante. Plus qu’une simple agression, les violences sexuelles sont utilisées comme véritables armes de guerre contre la population par les différentes milices présentes sur place. Le Kivu, est un des foyers principaux de conflits dans le pays et de tensions avec les pays voisins. Zone frontalière du Rwanda, de l’Ouganda, du Burundi et de la Tanzanie, elle s’est retrouvée au cœur d’exodes massifs, de rivalités communautaires et politiques et accueille la présence de soldats, rebelles, milices, etc. Bien que la guerre soit officiellement terminée en République Démocratique du Congo, depuis 20 ans les groupes armés se disputent les réserves naturelles de la région, notamment l’or et le coltan, un composant indispensable à la création de nos téléphones portables. Le conflit a non seulement fait des millions de morts, mais il a également engendré un fléau : le viol de masse. Utilisé comme arme de guerre contre la population, les femmes victimes de cette tragédie subissent de véritables tortures sexuelles : produits chimiques et objets tels que de la soude caustique, du fuel, du caoutchouc brûlé ou du sel sont introduits en elles, on leur même parfois tiré dans l’appareil génital à l’arme à feu, ou lacéré à coups de lames de rasoir.

1199-RDC-Kivu-Goma3Les crimes perpétrés sur les femmes ne cessent d’être commis en RDC, c’est pourquoi l’impunité des violeurs, la banalisation de ce fléau ainsi que le manque de réaction interpelle le docteur Denis Mukwege : « si on n’accepte pas aujourd’hui les armes chimiques, les armes biologiques, on n’accepte plus les armes comme les mines antipersonnel, comment on peut accepter le viol comme arme de guerre ? ». Afin que les victimes se reconstruisent, ce chirurgien gynécologue les aide à se réparer physiquement des sévices subies mais aussi psychologiquement. Les filles qui arrivent au centre expliquent au docteur avoir perdu leur sentiment d’humanité, elles n’ont plus aucune confiance en elles. C’est ici qu’intervient le karaté. A l’abri des murs de la fondation, les femmes apprennent à se réapproprier leur corps, et à le défendre. Depuis 3 ans, Laurence Fischer, triple championne mondiale de karaté, se rend à la Fondation Panzi, et accompagnée de Franck Kwabe, un entraîneur congolais, épaule les femmes dans leur reconstruction par l’apprentissage et la pratique du sport qu’elle exerce. Plus qu’un simple apprentissage d’autodéfense pour leur retour dans la vie courante, le karaté représente pour ces femmes le moyen de penser à autre chose ; c’est une thérapie. Ainsi, à travers les exercices elles apprennent à se réapproprier leur corps et à reprendre confiance en elles. C’est le cas de Sandra, la plus ancienne des élèves qui était incapable de communiquer quand elle est arrivée au centre. Désormais, avec l’aide du docteur Mukwege ainsi que sa rencontre avec la sportive, elle reprend vie. De plus, le fait que Laurence soit une femme entraîne la confidence, c’est un véritable rapport humain qui s’établit entre elle et les femmes du centre.

L’histoire de Sandra révèle un phénomène d’une terrible ampleur : 400 000 femmes sont violées chaque année en République Démocratique du Congo, et les plus vulnérables d’entre elles sont touchées. Les parents de Sandra ont divorcé lorsqu’elle était encore bébé. Restée avec sa mère jusqu’à ce qu’elle meurt alors qu’elle n’avait que 6 ans, la jeune femme perd ensuite son petit frère qui n’était que bébé. Elle est alors recueillie par son oncle, mais elle a grandi pauvre et déscolarisée. C’est à l’adolescence qu’elle est victime du viol : un voisin l’attire dans un piège en prétendant vouloir l’aider. Suite à cet acte, Sandra, à 16 ans tombe enceinte et accouche d’un enfant mort né. L’histoire des autres femmes se rassemblent dans le centre, et nombreuses d’entre elles arrivent avec un enfant ou après avoir accouché. Dans ce cas, le karaté les aide à maîtriser les muscles du bas ventre qui ont perdu en force lors de l’accouchement ou de la torture. La reconstruction de ces survivantes ne s’arrête pas ici ; après leur passage à l’hôpital et ensuite au centre d’accueil, la dernière étape se trouve à la Cité de la joie où elles apprennent un métier et se préparent à rentrer de nouveau dans la vie extérieure. L’objectif de Laurence est de propager l’apprentissage du karaté à l’extérieur du centre, que ce qu’elle a transmis à toutes ces femmes soit transmis de nouveau et qu’elles prennent donc le relais ; car malgré la sécurité réconfortante des murs de la fondation, la violence dehors est toujours présente. L’entourage de Denis Mukwege, détesté du pouvoir dont il dénonce l’inaction et des milices dont il dénonce les exactions, est une cible pour ces derniers. Dernièrement, le gynécologue Gildo Byamungu a été assassiné, et une sage femme de l’hôpital Panzi a été tuée chez elle avec son mari devant leurs enfants.

Anaïs Marie

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