Rohingyas : à quand le droit à l’identité ?

Les Rohingyas, minorité musulmane de Birmanie (pays en majorité bouddhiste), ont connu, depuis l’indépendance de celle-ci (4 janvier 1948), de nombreuses persécutions. Largement médiatisée, la situation plus que critique de cette ethnie d’un peu plus d’un million de personnes est au cœur des tensions entre Dacca (capitale bangladaise) et Naypydaw (capitale birmane). Apatrides, poussés à l’exil par leur propre pays, interdits de s’y marier, d’avoir des enfants légalement reconnus, ou encore de pouvoir pratiquer leur culte, ce peuple musulman de la région d’Arakhan (nord-ouest de la Birmanie) préoccupe jusqu’à l’ONU qui s’est penché sur leur situation ces derniers jours. Pourquoi l’histoire quasi-cinquantenaire des persécutions des Rohingyas revient dans notre actualité ? Pourquoi de telles persécutions d’ailleurs ? Qui sont ces musulmans condamnés à ne pas s’intégrer dans leur pays ? Qu’adviendra-t-il de cette minorité ?

Qu’est-ce que la crise des Rohingyas ?

L’origine de la crise concernant cette ethnie est historique et historiographique. En effet, les historiens spécialistes du sujet se disputent même la raison de leur existence en Birmanie. Selon certains historiens birmans les Rohingyas ne sont apparus qu’au moment de la colonisation britannique à la fin du XIXème siècle et prennent donc le parti du gouvernement qui les place donc comme illégitimes de se revendiquer et d’appartenir à la Birmanie : ne pourrait-on pas croire à de la propagande ?

La loi de 1982

En 1982, Ne Win, alors président de la République Socialiste de l’Union Birmane, instaure une loi sur la nationalité. Dès 1948, les pouvoirs politiques alors à l’œuvre visaient déjà à délégitimer « l’une des ethnies les plus persécutées du monde » (ONU). Mais en ce début des années 1980, elle va littéralement disparaître. Une liste des « races nationales » est dressée, et les Rohingyas n’y figurent pas. Y sont énumérées toutes les « races » présentes avant l’arrivée des colons britanniques en 1823, et l’ethnie n’en font pas partie, selon la version du gouvernement birman – bouddhiste – qui fait donc le choix d’effacer toute histoire commune possible avec ce peuple.

Et maintenant ?

Les Rohingyas connaissent une situation exécrable depuis des décennies, mais aujourd’hui, plus que jamais, leur actualité devient alarmante. En effet, leur impossibilité d’avoir une réelle identité va à l’encontre même de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 qui implique que chacun a le droit d’avoir une nationalité. Ce qui inquiète particulièrement les organismes internationaux tels que l’ONU en ce moment remonte au 25 août dernier : l’Etat d’Arakan est assailli par un groupe de rebelles de l’ARSA (Armée du Salut des Rohingyas d’Arakan) qui, face au manque de progrès quant à leur reconnaissance dans le pays, s’attaquent à des postes de frontières et font 12 morts du côté des policiers. Depuis, une répression féroce s’abat sur la minorité et a causé plus d’un millier de morts selon l’ONU. Forcés à fuir, la plupart s’en vont vers le Bangladesh : les derniers chiffres déclarent que 420 000 réfugiés sont en ce moment coincés entre la Birmanie et le Bangladesh, pays qui connait une terrible pauvreté et se trouve dans l’incapacité d’intégrer et de gérer un tel afflux de personnes.

Comment réagit la communauté internationale ?

Le mercredi 13 septembre dernier, le conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni pour aborder le sujet, à la demande de la Suède et du Royaume-Uni. La conclusion de cette réunion à huis clos, pourtant en opposition à la Chine qui soutient le gouvernement birman par intérêt économique, a été claire : la Birmanie doit cesser ces violences. De plus, le discours tant attendu du Prix Nobel de la Paix et dirigeante birmane Aung San Suu Kyi il y a une semaine n’a fait qu’accentuer les tensions à ce sujet. Le mutisme et le manque de prise de décision de celle qui se voulait l’opposante aux forces militaires pendant des décennies a entamé sa chute et la détérioration de sa réputation. Londres a tout de même retiré son soutien à l’armée birmane et le président français a déclaré lors de son discours à l’ONU que le monde assistait à « un génocide en cours », à une « purification ethnique » (interview pour TMC et pour le Quotidien mercredi soir dernier), et que la France prendrait alors part aux sanctions émises à l’encontre de la Birmanie si rien n’évoluait (aides humanitaires, réintégration des réfugiés, arrêt des violences, reconnaissance de la nationalité birmane..).

Qu’adviendra-t-il de cette minorité persécutée ? L’ONU punira-t-elle la Birmanie en allant à l’encontre de la puissance mondiale et dotée du droit du veto qu’est la Chine ? Les aides humanitaires seront-elles suffisantes pour sortir de la violence et la misère les réfugiés coincés et ballottés entre le Bangladesh et la Birmanie ? Ce peuple persécuté aura-t-il enfin le droit d’exister ?

Agathe Gouesmel

2 commentaires sur « Rohingyas : à quand le droit à l’identité ? »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s