Augmentation du prix du tabac : simple écran de fumée orchestré par l’État ?

C’est officiel, ou presque. Le nouveau gouvernement, et notamment sa Ministre de la Santé Agnès Buzyn, souhaite éradiquer le tabagisme en France.

 » Mon souhait est (une augmentation) d’un euro par an « 

C’est ce qu’elle déclare le 31 août 2017 sur la chaîne CNews. L’ambition est pleinement assumée, atteindre la barre symbolique de 10€ pour un paquet de cigarette standard d’ici 2020. Une mesure phare, promise par Emmanuel Macron lors de sa campagne, qui fait débat.

En effet nul ne peut le contester, le tabac est devenu un enjeu de santé publique majeur où les acteurs aux revendications diverses et parfois opposées se bousculent.  Cet article à pour vocation de décrypter les principales caractéristiques du marché du tabac en France, d’en comprendre les principaux tenants et aboutissants. En outre nous nous demanderons à qui profite le crime et si l’augmentation des taxes est-elle véritablement une mesure efficace ? Comment expliquer cette ambiguïté chronique, la France veut-elle vraiment se débarrasser de ce fléau ?

Marché du tabac, ce qu’il rapporte et ce qu’il coûte à l’État

Grâce aux clopes, l’État s’en met-il vraiment plein les poches ? Pour beaucoup, la réponse est toute simple : oui. Mais qu’en est-il de manière chiffrée et précise ? En quelques recherches sur Internet, nous découvrons qu’il existe de nombreuses études contradictoires. Alors comment démêler le vrai du faux ?

En 2013, l’État dépensait plus de 16.3 milliards en matière de soins directement liés au tabac et devait faire une croix sur les 3.3 milliards d’impôts qu’auraient dû payer les victimes. De l’autre côté, l’État récupérait 14 milliards d’euros de recettes fiscales et économisait environ 6.6 milliards sur les retraites des victimes. La balance est donc positive pour le gouvernement qui récupère in fine près d’1 milliard d’euros. L’industrie serait donc profitable aux recettes de l’État et de ce fait à tous les contribuables ?

Et non, si effectivement l’Élysée peut s’enrichir de la mort d’autrui d’un point de vue économique, elle est malheureusement la seule et ce, au détriment de l’intérêt général et des entreprises. Ces dernières pâtissent principalement des absences liées aux congés maladies et des décès. Ce manque à gagner très conséquent et difficilement chiffrable s’élève certainement à plusieurs milliards d’euros rendant la balance définitive plus que négative. En conclusion, le tabagisme ne créée aucune richesse pour la nation, et pire encore, elle l’appauvrie. D’un point de vue purement économique je le répète, l’industrie du tabac de quelque forme qu’il soit doit être logiquement éradiquée.

L’augmentation des prix, mirage ou réelle solution ?

Pour certains, la croissance du coût du tabac n’est en rien justifiée et sert une nouvelle fois d’écran de fumée pour s’enrichir. Nul besoin d’avoir fait d’études en économie pour comprendre que plus le prix d’un produit augmente plus la demande diminue, de surcroît en temps de crise. En s’intéressant donc de plus près au rapport entre le nombre de paquets vendus et son prix au fil des années nous comprenons que cette mesure n’est pas si farfelue. Ci dessous, une courbe explicative provenant du figaro confirmant les propos précédents.

prix-tabac-effet-ciseaux

Le constat est particulièrement frappant, il existe bel et bien une corrélation entre le prix du paquet et la consommation de cigarettes en France. Ainsi, plus le coût du tabac est cher moins nous sommes incités à fumer ce qui paraît au final somme toute logique. Toutefois, ces résultats sont à nuancer car l’on observe d’un autre côté que cette diminution est dégressive et qu’elle pourrait être accentuée. Le tabac est un fléau qu’il fait bon d’éliminer… lentement ?

L’exemple de l’Australie

Lorsque nous prenons l’exemple concret d’un pays voulant éliminer le tabagisme, cela donne celui de l’Australie évaluant le prix du paquet à plus de 15 euros. Les résultats obtenus sont sans appels ; seuls 3.4% des adolescents de 12 à 17 ans fument tous les jours contre environ 30% en France (selon le Comité National Contre le Tabagisme). La volonté affichée du gouvernement se révèle pour autant d’éradiquer la consommation de tabac et en particulier chez les jeunes. Alors pourquoi ne pas prendre de telles mesures ?

Premièrement, l’addiction à la nicotine n’est pas à prendre à la légère et il est nécessairement difficile de priver la population de sa substance favorite d’un coup d’un seul. De plus, un pays au taux de chômage d’environ 9.5% (deuxième trimestre 2017 selon l’INSEE) n’est évidemment pas apte à se séparer des milliers d’emplois que représentent les buralistes. Une nouvelle hausse du chômage est évidemment la hantise du nouveau président. Mais ne nous leurrons pas, si le prix du tabac n’a toujours pas explosé c’est en très grande partie grâce ou à cause des lobbys.

Ce secret de polichinelle trempe dans chaque affaire économique mais jamais n’éclabousse qui que ce soit. Il perdure et demeure tous les jours sous nos yeux mais ni n’indigne ni n’attise. Cette idée que, députés et sénateurs puissent grassement jouir de privilèges et donations privées au détriment de la santé des gens sans réserve ni scrupule. Depuis la loi Marisol Touraine en janvier 2016 concernant la transparence des  » dépenses liées aux activités d’influence « , nous apprenons que près de 6 629 d’euros ont ainsi été versés à nos parlementaires par le biais de cadeaux, et ce, de la part du seul   » Japan Tobacco International  » détenant Philipp Morris et Marlboro.

La santé de nos concitoyens ça n’a pas de prix, ou presque.

Benjamin Haran

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