Lettre ouverte aux Femmes (et aussi aux Hommes)

Loin des articles traditionnels, Le Halo Magazine a jugé nécessaire de traiter certains sujets différemment et invite son lectorat à prendre connaissance de cette lettre ouverte sur des années de violences passées dans un mutisme total. Ceci est la lettre intime d’une plaie ouverte.

Hier, une justice a été rendue. La justice des puissants, celle de l’Homme avec le grand H, celui de la honte. Celle informelle des médecins cons-frères mais peu consœurs, envers les agressions officieuses, insidieuses. Parce que oui, je l’ai vu de mes propres yeux, le poison du serpent se répandre. Lentement. À l’intérieur d’un corps glacé, le sang-froid est contagieux, celui de ma mère. Elle était jeune, elle était fragile. Il était mûr, il était habile. Un médecin psychiatre proche de ses patients j’imagine, un mot doux, une attention, une caresse, un bisou ça n’a jamais tué personne. Fellation, pénétration ça n’a jamais violé personne.

Hier, une justice a été rendue. Ce lapin dont je tairai le nom (l’affaire est toujours en cours) a été suspendu 3 mois pour des gestes « déplacés ». L’accusation de viol est jugée crédible mais, faute de preuves, se retrouve jetée à la poubelle. Cette affaire soulève en moi ces inepties auxquelles la société française se doit de répondre.

Maman n’est jamais passée devant les tribunaux, la prescription est un couperet, tranchant précisément la date à laquelle un crime se tolère. Aujourd’hui est une menace pour les coupables, demain sonnera l’heure de la sentence contre les victimes. Un compte à rebours sordide estimant la durée du chemin à parcourir lorsqu’une femme trouve le courage de témoigner. Cette décision protège les violeurs et condamne à perpétuité ces écorchées de la vie, ces écorchées de l’homme. Ce même homme à qui, et ce depuis des lustres, on a confié la responsabilité de lois qui ne les concerne pas. Législateurs sans compétence préfèrent vociférer sans conséquence contre la femme, grand-mère de l’homme, sans même daigner Lucy faire.

Aujourd’hui la justice doit être rendue, celle de ma mère et celle de toutes ces femmes bâillonnées qui n’ont pas cessé d’exister. Le raz de marée s’amorce et ses premières secousses ont fait trembler l’Amérique de Donald Trump, de Weinstein et de Louis C.K. En France, l’élan n’est pas rompu, les langues se délient et nous assistons enfin à une prise de parole. Trop longtemps elles se sont tues, j’ai observé combien les mots sont durs, à quel point les sons s’étranglent. Pourquoi exprimer ce que personne ne souhaite entendre. Moi-même touché dans le cœur par l’une de ces histoires, j’ai saisi qu’il en subsistait tant d’autres et d’autres temps. J’ai décelé la peur dans le regard de ma mère, celui de ma sœur et de mon amie. Du prédateur, elles en ont toutes fait la rencontre. Pour le loup, c’est la faim qui justifie les moyens.

Alors ces comportements indignes de notre condition d’être humain doivent cesser. Néanmoins, la forme ne doit pas desservir la cause. La délation nominale n’a pas sa place sur les réseaux sociaux, Twitter n’est pas un tribunal mais une vitrine. Un faire-valoir des droits, un faire entendre des voix. Donc laissons-les crier ce qu’elles ressentent, s’époumoner de ce qu’elles réclament. Si elle est l’égale de l’homme, alors la femme n’est plus simple victime mais militante citoyenne. Elle ne quémande pas le respect mais se l’approprie, à violents coups de rhétoriques et de mouvements pacifiques. Pratiquons ensemble cette guerre des mots et imposons la trêve des maux.

Mais par cette lettre, c’est également à vous les hommes que je souhaite m’adresser. Cette profonde remise en question ne peut jaillir sans réelle prise de conscience. Parce qu’on a tous merdé un jour ou l’autre frérot, introspection de l’âme j’ai recraché ma honte à ta figure. Les plus atteints, j’en ai le regret, je n’ai pas de vaccins. Pour les autres le harcèlement, il est semblable à l’Océan. Une accumulation de modestes rien configurant l’énorme tout. Il n’y a pas d’âge pour être un vieux con, certaines leçons nous ont manqué, il n’est jamais trop tard pour enseigner. L’éducation, la solution, elle est en chacun de nous. Le respect doit demeurer l’affaire de tous. Un coup-de-poing pour taire l’amour et l’amour pour taire un coup-de-poing, ne tolérons plus l’intolérable.

Demain la justice sera rendue, moi j’en suis convaincu. Le combat de ma mère n’aura pas été vain. Les scandales médiatiques récents ont suscité les réactions, soulevé les interrogations et généré des discussions. L’omerta, il faut en parler pour le briser. Les petites graines ont été semées et le printemps reviendra. Le vent du changement approche, une brise d’insurrection palpite le monde. Femme tu es belle quand tu es tienne.

Je signe en ce nom que l’on partage. Le courage aux victimes et la honte aux coupables.

Benjamin Haran