Pascal Gros dessine les enfants et parle des adultes

Les 14, 15 et 16 octobre avait lieu, au May-sur-Èvre (49), le 11ème Festival de la Bande Dessinée Engagée. Organisé chaque année par l’association Bandes à Part, ce festival nous invite à découvrir des auteurs engagés, leurs combats, mais aussi leurs parcours à travers des expositions, débats, séances de dédicaces… Une occasion de découvrir des œuvres, mais aussi de jouir d’une proximité avec les auteurs que l’on ne peut retrouver dans des festivals de plus grande ampleur (Angoulême, par exemple).

Le Halo Magazine était présent au Festival et a pu assister à la conférence de Pascal Gros, venu présenter son nouvel album L’Enfer c’est les enfants des autres. Il réunit dans cet album des dessins de presse où à travers le personnage de l’enfant il caricature notre société, des nouvelles technologies au djihadisme. Dessinateur au journal Marianne depuis 1997, il avait déjà publié en 2015 un recueil en collaboration avec Tignous, Comment rater ses vacances. Il revient entre autre dans cette conférence sur ses inspirations, le métier de dessinateur et la liberté d’expression. Morceaux choisis.

Le Halo Magazine : Votre album traite des enfants, de la naissance à l’adolescence. Mais c’est surtout un moyen de critiquer les travers de notre société, et les inégalités sociales.

Pascal Gros : Il y a beaucoup de dessins qui n’ont pas forcément été faits pour parler des enfants au départ. Dans les dessins que j’ai récupérés il y en avait beaucoup qui représentaient des mômes pour des raisons précises, pour illustrer un article qui traitait de l’école ou des cadeaux de Noël par exemple, mais ce n’est pas toujours le cas. J’ai tendance dans mes caricatures à représenter la vie quotidienne donc il y a forcément des enfants. Les enfants sont des personnages de dessin fabuleux parce qu’ils sont bruts de décoffrage, on peut leur faire dire n’importe quoi. Forcément dans ces dessins il y a des enfants mais il y a aussi autre chose, ils parlent d’actualité, de guerre, de misère sociale…Article Pascal Gros

L.H.M. : Quel est votre style, y a t-il des auteurs qui vous ont inspiré ? Dans votre album avec Tignous on voit que même si vous n’avez pas le même style il y a des choses qui vous rapprochent.

P.G. : J’ai appris avec Tignous, j’ai démarré dans Marianne en 1997 il est arrivé deux années après on a commencé à bosser côte à côte au début des années 2000 et on a passé quinze ans ensemble. Travailler avec lui m’a énormément marqué donc cela explique ces ressemblances et puis on s’entendait aussi très bien donc ce n’est sans doute pas pour rien. Il dessinait très vite et très bien, ce n’est pas le seul auteur qui m’a influencé mais j’étais tellement proche de lui que forcément il a eu une influence très forte. Après comme tous ceux qui se sont lancés dans le dessin de presse, c’est parce que j’aimais ça. J’ai découvert la caricature par Cabu, j’étais attiré par la BD d’humour et tous les auteurs que j’aimais m’ont influencé et même au-delà. J’ai des influences des Monty Python, d’Astier, de ceux qui me font marrer.

 

Tignous est un caricaturiste décédé en 2015 dans les attentats de Charlie Hebdo. Il a publié Comment rater ses vacances avec Pascal Gros.

L.H.M. : N’est-ce pas risqué de mettre des enfants dans ses dessins aujourd’hui, où on a l’impression que l’enfant est roi. N’y a t-il jamais de plaintes ?

P.G. : J’ai déjà eu des réactions pour mes dessins dans Marianne de personnes choquées mais pas tellement sur les enfants. Il y a de plus en plus de gens choqués par des choses de plus en plus légères. Il y a beaucoup de personnes qui se plaignent quoi qu’on dessine de manière presque systématique si bien qu’on ne fait plus attention. En tout cas moi je ne dessine pas en ayant en tête les gens qui vont se plaindre, je dessine pour faire marrer ceux qui sont en face de moi. Finalement c’est un peu eux les juges, si je montre mes dessins à mes potes, ma famille ou Marianne et qu’on rigole, les dessins peuvent être publiés. Je n’ai pas eu à propos de ce livre de réactions particulières dont je me souvienne mais ça ne m’étonnerai pas que ça arrive. On aurait pu se dire qu’après les attentats il y aurait eu plus de place pour la liberté d’expression mais ça n’a pas été le cas, ou alors peut-être que ceux qui se plaignent ont de plus en plus d’espace ou plus de facilités avec internet pour se faire entendre, je ne sais pas. Mais si on devait faire des dessins qui ne dérangent personne on ne ferait plus rien.

L.H.M. : Parlons à présent de votre parcours personnel. Quelles études faut-il suivre pour devenir caricaturiste ?

P.G. : J’ai un parcours un peu particulier puisque j’ai fait une école d’ingénieur, je suis arrivé dans le milieu. A l’époque il y avait le service militaire et j’ai fait du dessin de presse dans un journal parce que j’avais envie d’essayer, ça a été une opportunité d’une certaine manière. La majorité de mes collègues sont passés par une école d’art, beaucoup venaient du milieu artistique, s’intéressaient à la politique, à l’actualité et avaient des idées marrantes donc ils se sont mis à faire du dessin de presse de cette manière. Moi je suis venu un peu de biais, parce que j’avais des idées de dessin. C’est un tout petit milieu, il n’y a pas beaucoup de place ni de journaux qui en publient. Il n’y a pas de formation de dessin de presse, on peut faire des ateliers de temps en temps mais ça s’arrête là.

L.H.M. : Vos dessins sont-ils commandés par le journal ou bien est-ce que vous choisissez ce qui vous inspire dans l’actualité ?

P.G. : Il y a les deux, parfois on me donne le texte d’un article et on me demande de l’illustrer, et parallèlement à ces dessins de commande j’en propose sur l’actualité de la semaine et ils choisissent ceux qu’ils préfèrent.

L.H.M. : Y a t-il une situation où vous vous êtes limité, auto-censuré ?

P.G. : Non mais avec un bémol : je peux me limiter à cause du temps. Si j’ai un dessin à rendre dans un quart d’heure et que j’ai une idée mais je sais qu’on risque de me dire non, je ne vais pas perdre mon temps à faire un dessin qu’on va refuser. La plupart du temps l’idée va rester et je vais le faire plus tard quitte à le publier sur Facebook s’il est refusé donc non je ne me limite pas et j’ai même parfois été surpris en proposant des dessins très tâche que je pensais voir refusé et ça n’était pas le cas. Bon après des fois derrière les gens se plaignaient. Je me souviens aussi qu’ils avaient fait un numéro « Les interdits de Tignous et Gros dans Marianne » où ils reprenaient nos dessins refusés parce que trop violents. Et dans ce cadre là personne ne gueule c’est marrant. Si on publiait les dessins au jour le jour on s’en prendrait plein la tête mais à partir du moment où ils y a marqué que ce sont les dessins refusés on peut se lâcher complètement. C’est bizarre car c’est le même dessin.

L.H.M. : Pensez vous qu’avec internet les caricaturistes sont devenus de plus en plus importants et ont pu bénéficier d’une meilleure exposition, se mettre en avant personnellement via les réseaux sociaux par exemple ?

P.G. : Je n’arrive pas à me faire une idée de ça. Il m’arrive de publier sur Facebook des dessins depuis 2015, des gens s’abonnent et on a un contact plus direct mais c’est moins valorisé que le journal qui paraît en kiosque car ça passe au milieu d’un fil d’actualité Facebook et c’est noyé dans la masse. Donc je ne sais pas si ça apporte une visibilité supplémentaire, d’autant plus qu’il y a de plus en plus de dessinateurs qui publient sur les réseaux sociaux et ce sont des gens qui ne publient pas forcément dans la presse. C’est difficile de se rendre compte.

L.H.M. : Quels sont vos prochains projets ?

P.G. : Il y a un album qui sort le 18 octobre (NDLR : l’interview a été réalisée le 11) dans la même collection et qui s’appelle Nul part ou fuir, c’était une amie qui avait eu cette réflexion après l’élection de Sarkozy et ça m’avait marqué. C’est un album où j’ai réuni des dessins avec un humour plus noir. Ce sont des dessins ou quand tu as fini de rigoler tu as un peu envie de te pendre. Ça raconte les problèmes sociaux, de terrorisme, d’oppression religieuse, d’environnement, des sujets durs. C’est pas un thème aussi concret que les enfants ou les vacances, c’est une espèce de sentiment de désespoir. Il y a un autre livre chez un autre éditeur, c’est dans une collection sur les dessinateurs de presse qui s’appelle les Iconovores, ça devrait sortir vers décembre/janvier.

Gros bd

Propos recueillis par Maël Réveillé

 – Comment rater ses vacances, éditions du Chêne, 2015, 128 pages

 – L’enfer c’est les enfants des autres, éditions du Chêne, 2016, 127 pages

 – Nul part où fuir, éditions du Chêne, 2017, 128 pages

Maël Réveillé

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