Festival Les Z’Éclectiques.  Jambinaï, un groupe coréen haut en couleurs

Encore inconnus du grand public, Jambinaï possède néanmoins une réputation certaine dans le milieu underground. Formés en 2011 à Séoul, ils ont arpenté la scène rock coréenne avant de jouer en Europe, où leur style particulier mêlant rock progressif et musique traditionnelle a interpellé. Ils ont ainsi joué au Hellfest le 17 juin 2016, jour de la parution de leur deuxième album A Hermitage. Nous avons pu les rencontrer avant leur concert aux Z’Éclectiques, l’occasion de mieux comprendre ce groupe inclassable.

Le Halo Magazine : J’imagine qu’on vous en parle beaucoup, en France on connaît surtout de la musique coréenne la Kpop. Pouvez-vous nous présenter la scène musicale coréenne telle que vous la connaissez, loin des stéréotypes ?

Jambinaï : La Kpop est en effet très présente en Corée du Sud et les groupes de danse sont très célèbres. Il y a tout de même tous les genres de musique, il y a une scène rock mais elle est petite. La place donné aux autres genres est minime par rapport à la Kpop.

L.H.M. : Quel est votre parcours musical ?

Jambinaï : J’ai joué des instruments traditionnels coréens et de la guitare. J’écris des morceaux et il y a une part d’improvisation dans notre travail. Nous parlons de nos propres idées, c’est notre manière de fonctionner.

L.H.M. : Vous jouez une musique sombre, énergique, mais vous avez la particularité de jouer assis. Pourquoi ?

Jambinaï : Les instruments traditionnels ne nous permettent pas de jouer debout car ils sont compliqués a manipuler, c’est juste pour ça.

L.H.M. : Y a-t-il une relation entre la tristesse de la musique et la situation de la jeunesse en Corée, où il y a par exemple un fort taux de suicide ?

Jambinaï : Nous sommes inspirés de la société en effet, et la situation de la Corée nous inspire.

L.H.M. : Votre musique est parfois très calme et d’autres fois très énergique, c’est très éclectique. Comment vous définiriez vous ?

Jambinaï : Les cinq membres ont leurs propres goûts et envies, donc chacun apporte sa propre inspiration. Ce sont tous les genres utilisés qui rendent notre musique éclectique. Beaucoup de gens disent que notre groupe est un mélange de musique traditionnelle et de heavy metal. Mais je pense qu’on s’inspire d’autres genres comme le jazz, pop, les balades… Nous nous inspirons de tous et nous ne voulons pas être catégorisés dans un genre. Nous voulons représenter toutes les différentes couleurs que peut apporter la musique.

L.H.M. : Quels artistes vous influencent ?

Jambinaï : Nous aimons de tout. Nous apprécions par exemple beaucoup Metallica, Hanz Zimmer et beaucoup de groupes de heavy métal. On peut aussi citer des artistes comme Mogwai.

L.H.M. : Pourquoi avez-vous choisis de jouer avec des instruments traditionnels ?

Jambinaï : Quand j’étais enfant je faisais du piano mais ma mère me disait de jouer de la musique traditionnelle coréenne parce que j’étais coréen. Mais je pense qu’elle me disait ça parce que le prix des cours de piano étaient trop élevés (rires). Quand j’ai commencé je ne connaissais rien de cette musique mais quand j’ai appris à faire de la flûte j’ai trouvé ça marrant et j‘ai continué.

L.H.M. : Vous avez une grande capacité d’adaptation de votre musique, vous avez joué aussi bien au Helfest que dans des festivals de jazz. Pourquoi cette particularité ? Quel visage de Jambinai verrons-nous ce soir ?

Jambinaï : Nous avons des instruments traditionnels qui nous permettent de toucher à tous les genres de festival. Ce soir nous essaierons de montrer les différentes couleurs que nous pouvons produire, il y aura du Heavy métal, de la musique plus traditionnelle et de l’improvisation. Nous improvisons souvent en concert.

L.H.M. : Vous avez dit dans une interview que lorsque vous avez commencé que vous étiez détestés, pourquoi ?

Jambinaï : Les gens qui aiment les instruments traditionnels ne nous aiment pas beaucoup parce que nous mélangeons de la musique traditionnelle avec des sons de métal. Mais quelques personnes aiment ça ! (rires) Nous avons plus de succès en Europe mais le succès augmente sur les deux continents.

L.H.M. : Que représente pour vous votre dernier album, « A Hermitage » dans votre carrière ?

Jambinaï : Dans le deuxième album nous souhaitons faire une musique qui touche plus de monde. Notre premier album est remplit de musiques longues, assez expérimentales et les gens n’ont pas l’habitude d’écouter cela. Nous voulons donc changer pour des musiques plus « simples » à écouter.

L.H.M. : Quels sont vos projets pour la suite ?

Jambinaï : Nous avons trois shows en Europe et un prochain au Japon. Une autre tournée va peut-être être prévue en Europe à nouveau.

Nous avons pu après cette interview assister au concert de Jambinaï, un moment unique que le public a semblé apprécier. Le groupe a joué avec une débauche d’énergie impressionnante, cependant contrairement à ce à quoi on aurait pu s’entendre, le public n’était pas déchaîné, mais calme. Les musiciens sont parvenus à emmener avec eux les spectateurs dans une sorte de transe musicale, faisant de ce moment une expérience unique.

Pour découvrir le groupe : https://www.youtube.com/watch?v=46cgV3hOFL4

Propos recueillis par Clara Chamoux et Maël Réveillé

Maël Réveillé