Les Jeux Olympiques, entre événement sportif et bataille diplomatique

Web, NBC Chicago

Les Jeux Olympiques (JO) d’Hiver ont été lancés le 9 février, à Pyeongchang en Corée du Sud, réunissant 93 pays pendant deux semaines. Jusqu’au 25 février, les nations vont s’affronter sur des épreuves diverses, permettant aux pays de renforcer leur rayonnement mondial. Parallèlement aux festivités, les Jeux prennent une dimension politico-diplomatique, entre le scandale de dopage russe et le rapprochement des deux Corées.

Après les Jeux de Sotchi éclipsés par le scandale de dopage institutionnalisé des athlètes Russes, c’est le district de Pyeongchang qui accueille l’événement. Situé à 180 km à l’ouest de Séoul, c’est le plus célèbre centre de sport d’hiver en Corée du Sud. S’étant déjà présenté pour accueillir la compétition, ce n’est qu’au bout de la troisième candidature qu’il l’emporte. Cette année, six nouveaux sports font leur arrivée, dont le ski par équipes nationales mixtes, le big air, ou encore une épreuve de curling en double-mixte, réunissant un nombre record d’événements mixtes et féminins.

La France est représentée par 108 athlètes, concourant dans onze sports différents, comme le ski alpin, le biathlon, le bobsleigh ou le patinage de vitesse, réunis derrière le porte-drapeau et double médaillé olympique, Martin Fourcade. S’il y a un nom à retenir côté français pour le début de ces Jeux, c’est celui de Perrine Laffont. Championne olympique à 19 ans, après avoir terminé cinquième à Sotchi, elle débloque le compteur des médailles quatre ans plus tard avec une première place sur le podium en ski de bosses. Alors qu’on s’attendait à voir Martin Fourcade rapporter la première médaille d’or à la France, celui-ci a terminé huitième au sprint de biathlon. La déception et la déconvenue face à ce résultat s’expliquent en partie par les conditions météorologiques difficiles. Depuis le début des Jeux, les conditions ne sont pas optimales ; le soir, les températures peuvent atteindre -20°C ressentis, et des vents violents soufflent en quasi-permanence, menaçant certaines épreuves de report. Tout comme les conditions n’étaient pas favorables pour la première épreuve du porte-drapeau, elles ne l’étaient pas non plus pour la championne olympique du ski de bosses, qui a concouru sous les chutes de neige. Mais ce qui fait le sport c’est aussi la capacité d’adaptation des athlètes à ces conditions. Le très attendu Martin Fourcade a pu prendre sa revanche sur la poursuite du biathlon, lundi dernier, en allant décrocher l’or, et son troisième titre olympique. Si on a tendance à ne regarder le résultat des médailles qu’au vu du positionnement de la France dans le tableau final, elles sont d’abord la concrétisation d’un travail personnel et un tournant dans la carrière des athlètes. Du côté sud-coréen, le pays d’accueil a décroché sa première médaille, d’or en plus, en short-track, sur 1 500 mètres, le premier jour de la compétition.

Parallèlement aux événements sportifs, les JO sont placés sous le signe de la sécurité et de la technologie. Connue pour les innovations technologiques, la Corée du Sud souhaite confirmer sa position de leader dans le domaine. Réseau 5G, avion de surveillance doté d’une technologie de reconnaissance faciale, robots, bracelets géolocalisables servant de clé d’accès et de moyen de paiement, et drones chasseurs de drones, sont présents sur le site et le village olympique. Réelle vitrine de la technologie, la Corée propose également la diffusion des épreuves en réalité virtuelle, permettant aux plus passionnés de suivre la compétition en ayant l’impression d’être sur place.

En marge des événements sportifs, les Jeux 2018 sont aussi une arme géopolitique, s’inscrivant dans le jeu des relations diplomatiques. Pendant deux semaines et depuis quelque temps déjà, le pays d’accueil est observé de près par les caméras du monde entier, qui, en plus de s’attarder sur les jeux, s’intéressent au pays lui-même. Evénement sportif suivi, les Jeux olympiques sont aussi le théâtre des batailles diplomatiques et politiques qui opposent les gouvernements. Entre l‘affaire de dopage d’État en Russie et la réunion symbolique des deux Corées, les JO font autant parler d’eux pour les exploits des sportifs que pour les affaires de relations internationales. En 2016, un scandale avait soulevé la Fédération russe d’athlétisme, soupçonnée de dopage institutionnalisé. Pour rappeler l’histoire dans les grandes lignes, Grigory Rodchenkov, l’ancien directeur du laboratoire de Moscou, révèle dans le New York Times que les Jeux d’hiver de Sotchi ont été l’objet d’une triche à grande échelle et connue du gouvernement, impliquant même les services secrets russes [1]. Les conséquences n’ont pas été moindres pour le pays, puisque la Russie a été bannie des Jeux de Pyeongchang par le Comité international olympique (CIO), pour avoir dopé ses athlètes et manipulé les contrôles antidopage aux précédents Jeux d’hiver, qu’elle organisait. Sur près de 400 athlètes soumis par le Comité olympique russe, seuls 168 ont été acceptés et participent en tant qu’ « Athlètes olympiques de Russie » (OAR), derrière une bannière scrutée par le Comité olympique [2]. Même avec la disqualification de plus de la moitié des athlètes, l’OAR reste la troisième délégation de la compétition.

moon-jae-in-kim-yo-jong-afp_650x400_61518239537
Web, NDTV

Cette image, toute aussi rare que surprenante, et qui n’avait pas été observée depuis de nombreuses années, illustre également les questions politico-diplomatiques des Jeux de Pyeongchang. Depuis janvier, les deux Corées, officiellement en guerre, se sont rapprochées, se servant de l’événement sportif comme de l’instrument de ce début de réconciliation. L’union des deux pays sous la même bannière lors de la cérémonie d’ouverture, et l’équipe unifiée de hockey féminin, est un pas en avant après deux années de tensions et des relations diplomatiques alternants entre crises et rapprochements [3]. Kim Jung-un profite de l’attention portée à son voisin pour faire de l’affirmation de son pouvoir le véritable enjeu des Jeux ; le régime du dirigeant nord coréen domine la scène médiatique et diplomatique. Bien que les Jeux olympiques se déroulent à Pyeongchang, ils semblent être l’occasion pour la Corée du Nord de voler la vedette à son voisin, de l’éclipser pour mieux s’imposer sur la scène internationale. En effet, le dictateur a imposé son rythme quelques mois après l’annonce de la participation de 22 athlètes nord-coréens, marquant le retour du pays après avoir été absent en Russie aux précédents Jeux d’hiver. Elu en mars dernier, le président sud coréen Moon Jae-in, souhaite placer ces Jeux sous le signe de la paix et du rapprochement avec le voisin ennemi du Nord, pour peut-être favoriser la dénucléarisation. Dans cette optique, et comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, Kim Yo-jong, la sœur cadette du dictateur a assisté au début des Jeux, dont la cérémonie d’ouverture et la rencontre de hockey opposant l’équipe unifiée à la Suisse. C’est la première personnalité de la dynastie Kim au pouvoir à se rendre dans la partie sud de la péninsule depuis la fin de la guerre de Corée. En retour, Kim Yo-Jong a invité le président sud-coréen à un sommet à Pyongyang consacré au dégel des relations entre les deux pays, avec son frère, « le plus tôt possible ». Le rapprochement entre les deux voisins coréens n‘est pas sans déplaire aux Etats-Unis ; le vice-président Mike Pence, présent à la cérémonie des Jeux, a refusé de saluer et de rencontrer les représentants nord-coréens, rappelant les exactions du régime. Comment interpréter le souhait de paix revendiqué par la Corée du Nord ? Coup de force diplomatique, tour de charme ou réelle volonté de pacification ? L’aspect diplomatique des JO n’est pas nouveau, ils étaient déjà une arme géopolitique en 1936, lorsque Hitler organisa les jeux à Berlin, une manière de montrer son pouvoir et la prétendue supériorité nazi, ou plus récemment à Sotchi en Russie.

En mettent de côté l’aspect politique des JO, les deux semaines de compétition promettent de faire vibrer la fibre patriotique qui sommeil en vous, ou, pour les plus fair-play, promettent de vous faire vibrer au rythme des performances des meilleurs athlètes, peu importe les couleurs qu’ils portent. A l’issue des Jeux, les festivités se poursuivront avec les Jeux paralympiques de Pyeongchang, du 9 au 18 mars.

[1] http://sport24.lefigaro.fr/jeux-olympiques/actualites/dopage-en-russie-chronologie-du-scandale-836918

[2] http://www.lemonde.fr/jeux-olympiques-pyeongchang-2018/article/2018/02/09/officiellement-exclue-des-jeux-la-russie-est-bien-presente-a-pyeongchang_5254612_5193626.html

[3] http://www.france24.com/fr/20180210-jo-seoul-pyongyang-coree-nord-sud-kim-jong-moon-jae-in-tensions-apaisements

Anaïs Marie