7 raisons d’écouter… « Plan B », le nouvel album de Grand Corps Malade

Devenu tristement célèbre sur les réseaux sociaux, le « plan B » de Christine Angot ne doit pas faire oublier l’original, celui de Grand Corps Malade et de son très réussi dernier album. On commence à avoir l’habitude, sur Twitter, les mauvaises tirades font plus de bruits que les jolis textes.

Du fauteuil roulant à cette carrière en roue libre dans la musique, voici 7 raisons d’écouter « Plan B », la roue de secours d’une formule 1.

1- Parce qu’il n’a pas sorti d’album solo depuis 5 ans

Un album « concept » collaboratif et sa réédition, un film (nommé dans 4 catégories aux césars) et sa bande originale, Grand Corps Malade n’a pas chômé ses cinq dernières années. Si ces différents projets ont chacun été couronnés de succès, ce n’est plus un hasard. Fabien Marsaud, de son vrai nom, excelle dans le travail en équipe et le proclame d’ailleurs dans la chanson « ensemble ». Pourtant, il faut aussi savoir s’isoler, se recentrer pour écrire. Jongler entre esprit d’équipe et carrière solo, la descente en rappel s’est déroulée sans heurt. Si cet album est réussi, c’est aussi parce qu’il en est le seul protagoniste.

2- Parce qu’entre-temps il a réveillé Renaud

Cet argument est totalement personnel et peut être tiré par les cheveux, pourtant c’est grâce à lui que le phoenix à su renaître de ses cendres. Bien sûr certains le déploreront et avanceront qu’il n’aurait pas dû revenir. Mais ce n’est pas mon cas. Grand Corps Malade lui a redonné l’envie de gratter ses mots sur le papier, il a également sorti l’homme de sa léthargie anisée. Soutenir la personne à l’origine de sa résurrection me paraît être une bonne raison d’écouter cet album.

3- Pour l’intelligence de ces textes

C’est peut-être l’élément le plus fondamental lorsqu’il s’agit de slam, le fond mais surtout la forme doivent être soignés. « Langage du corps » en est certainement le meilleur exemple, les rimes s’entrecoupent, les phrases s’emballent et les jeux de mots fusent. Ici la performance est immense, tout comme dans le morceau « Syllabe au rebond ». Fabien Marsaud est un monstre d’écriture, il manie les sons et lettres comme très peu l’ont fait avant lui. La classe.

4- Pour son humanité réfléchie

Aujourd’hui, réciter la paix dans le monde sans passer pour un couillon n’est pas chose aisée. C’est important de le rappeler, les gloires de la littérature ou de la poésie française ne sont pas réputées pour leur béatitude. La plupart sont sombres, nostalgiques ou mélancoliques. Victor Hugo racontait les misérables, Zola décrivait les mines, Baudelaire narrait son spleen et Rimbaud voguait à bord d’un bateau ivre. Ce point rejoint donc le suivant:

5- C’est un album résolument positif

Encore une fois, il ressort de cet album une aura incandescente du monde dans lequel on vit. S’il traite parfois de sujets graves, Grand Corps Malade s’arrange toujours pour laisser filtrer une part de lumière et d’espoir. Et ça fait du bien. Ecouter ce disque est clairement une expérience rafraîchissante, une cure de bienveillance pour mieux se replonger sans scepticisme dans notre existence et l’intérêt que nous lui donnons au quotidien.

6- Des thèmes plus engagés

Pourtant, certains morceaux dénoncent et sonnent à charge d’une personne ou d’une situation. C’est le cas par exemple du titre « Au feu rouge », traitant du passé des migrants syriens et de tous les exilés en général. « Patrick », sous ses allures de berceuse, condamne fermement les scandales financiers de notre classe politique. Si Patrick Balkany en prend pour son grade, difficile de ne pas avoir une pensée pour tous les autres. Une actualité politique aussi riche pouvait difficilement être passée sous silence.

7- Une sincérité poignante

Nul ne sait slamer, clamer, fredonner l’amour aussi bien que lui. « Tu peux déjà », inaugurant l’arrivé de son deuxième enfant, est un hymne à la paternité. Un hymne parce que pour la première fois, nous entendons Grand Corps Malade chanter ses refrains. Un virage, anodin ou non, dans la carrière de l’artiste cantonné jusqu’à maintenant à l’univers du slam. Enfin, « dimanche soir » demeure son ultime ode à la romance. Il est le morceau le plus médiatisé jusqu’à maintenant et mérite indéniablement le détour. Son couple, qui dure depuis une dizaine d’années maintenant, est devenu sa muse et nous délivre l’un des moments les plus poétiques de son parcours dans la musique. Tout sauf qu’un « plan B ».

Benjamin Haran