Critique de « Mektoub My Love » : un tableau coloré de la vie

Baignée dans le noir, éclairée par la lune, la ville de Sète plonge dans la nuit. À ses côtés, la mer méditerranée joue de sa douce mélodie. Les va-et-vient de ses vagues brisent paisiblement le silence nocturne. Mais, au cœur de la ville : véritable oxymore. L’été débride les mœurs, les couleurs s’emparent des corps au rythme de la musique. Les rires et les danses se mêlent au doux parfum de la vie. Véritable ode à la joie, aux vacances et à la jeunesse : Mektoub My Love.

Vivant. Le film célèbre l’humain : il couronne ses défauts, pomponne ses excès, glorifie sa passion et excède son éclat. Chaque scène est une fête conviant famille, amis et nouvelles rencontres. La chaleur, permanente, se mêle aux plaisirs. L’alcool, les cigarettes et les corps sont excessivement consommés. Sans modération, la vie se déchaîne et ne s’arrête jamais.

Engendrées par ces délices : des relations complices. Pures, simples et sans artifices, tout semble familier. Impression de déjà-vu : les dialogues s’enchaînent et le spectateur est attendri. Du simple béguin à la tendresse liant chacun des personnages : l’amour et l’ivresse. Entre amis, entre amants, en famille, les baisés sont échangés, les étreintes partagées. Enlaçant cette dévotion des êtres, la douce ferveur de l’été.

Attirants sont les regards. Charmeuses sont les expressions. La séduction est ici célébrée, magnifiée. Elle se glisse dans les prunelles, dans les rires embarrassés. Elle sublime les aspects et colore les portraits. À son bras, les corps communiquent : ils se fascinent et se sollicitent. Véritable attraction charnelle.

Le ton du film est une révérence à ces dames. À ces Femmes au caractère épicé, au physique plantureux. Leur force d’esprit s’associe parfaitement à leur beauté vénusienne. Libres : elles assument et revendiquent leur rapport au sexe et aux hommes. Indépendantes : elles s’affirment et usent de leurs charmes à leur grès.

Au centre de ce tableau coloré, Amine nuance le tout. À la fois calme et réservé, il observe les autres. Objet de toutes les passions, l’homme convoite en retour sans ne jamais succomber au fruit du désir. Paradoxe à son paroxysme, il est l’antithèse de ses amis et pourtant le plus estimé. Avec chacun, il entretient une relation privilégiée, centre de toutes les attentions. Sa faculté d’adaptation aux autres est honorée. À la fois l’amant, l’ami, le grand frère, le confident et le fils, ses rôles sont essentiels bien que toujours secondaires.

Mektoub My Love, c’est aussi cette façon de filmer et ces longues scènes. Elles subliment les corps, mettent à l’honneur les formes et révèlent les silhouettes. Ce sont ces plans, à la fois maladroits et précis qui perfectionnent le jeu des acteurs, ainsi que chacune des émotions interprétées. Enfin, Mektoub My love c’est cette bande originale qui s’accorde avec les images pastel. La lenteur du piano, enlaçant la houle de la mer au loin et la prodigieuse de Sylvester : « You make me feel ». Mélodie à la hauteur du film, tout simplement captivant.

Alice Gapail

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