Séries Mania présente… « Fucking Adelaide », série simple et douillette, à découvrir bientôt

Dans quelques minutes, il recevra un appel de sa mère le priant de rappliquer au bercail. Assurément, il l’enverra balader. Vêtu de sa combinaison fluo-moulante, ses antennes illuminées sur le crâne, Eli donne tout. Face à son piano électrique, au centre d’un café désert, il chansonne péniblement l’un de ses morceaux. Le synthé vrille, le micro lâche, la musique cesse : Eli est viré. Dans quelques heures, fauché, sans emploi, il ira donc rejoindre sa mère et ses sœurs au bercail.

Fucking Adelaide, est surprenante. Une comédie dramatique de 6 épisodes, créée par Sophie Hyde, sortie le 8 octobre 2017 en Australie et présentée en avant-première durant le festival Séries Mania. L’histoire, efficace et attrayante, met en scène les membres d’une famille aux relations délicates, astreints de se réunir après l’annonce de la vente de leur maison d’enfance par leur mère. Une production décalée, qui se réinvente à chaque épisode : À voir !

À l’écran, une famille heureuse de se retrouver. Mais très vite, on perçoit la complexité des relations. Un amour très sincère aux apparences éludées. La mère vit avec la plus jeune, Kitty. Loufoque et très jolie, elle s’échappe la nuit au bras d’inconnus et ne saisit pas la haine de la fratrie pour un père absent toute sa vie. Incomprise, elle est solitaire, cherche des réponses. Frères et sœurs sont proches sans vraiment l’être. Ensemble, ils reprennent leurs rôles attribués, passés. L’aînée commande, le cadet suit, la benjamine obéit : cadence harmonique.

Enlaçant cet amour exclusif et singulier, la matrone demeure, figure autoritaire. Elle possède avec chacun de ses enfants, une relation particulière, personnelle. Amour maternel susurré à demi-mot tel un défaut, à la fois présent fragile et précieux. L’ambiance effective est assez pesante, à l’image de la petite ville australienne. À ce propos, la réalisatrice avance :

« Je suis originaire d’Adelaide, et cette ville, on ne la voit nulle part. Elle a des côtés étouffants qui me plaisent. Une problématique qu’on retrouve dans les familles généralement. »

Sophie Hyde voulait une série cocon qui sait dorloter son spectateur : fait. La série n’a de cesse d’évoquer la nécessité à la fois complexe, qu’incarne la famille. Une douceur, chaleur réconfortante, propre à cette maison insolite apaisante. Celle-ci incarne à l’écran un véritable caractère, plus important, d’ailleurs, que les personnages secondaires eux-mêmes.

« Oui oui, la maison foutoir, fouillis, vivante c’était ma volonté. En fait, j’ai dit à ma mère que je recherchais une maison pour mon film. Elle en a alors parlé aux habitants d’Adelaide, car il y a beaucoup de maisons familiales dans ce style. C’est comme ça que j’ai trouvé. »

Ce côté famille, amis et simplicité de la vie, on le retrouve également dans la production. La réalisatrice explique d’ailleurs n’avoir quasiment tourné qu’avec des proches à elle (sa fille, son mari, par exemple). Elle cherchait à recréer une « ambiance sympa, avec des gens qu’elle connaît bien. » Concernant la création de voix-off que nous entendons régulièrement dans les épisodes, elle explique :

« On a bossé ces types de voix pendant le montage, au fond de mon jardin dans une cabane (rires). C’est ce que j’appelle une méthode d’enregistrement maison qui fait un peu film indépendant. »

Parallèlement, on apprécie la façon dont Sophie décide d’aborder ses personnages. Inspirée des romans de « José Luis Corral », nous faisons un à un leur connaissance et prenons conscience de leur histoire, présent et futur différents. Ainsi, le spectateur établit un lien particulier avec chacun d’entre eux. Il s’attache différemment, les appréhende autrement.

Enfin, Fucking Adelaide, ce sont ces paysages s’accordant artistiquement à la bande originale composée par Mario Späte. Les couleurs et le rythme présents dans chacun des épisodes guident le spectateur. Les jeux des acteurs fusionnent et détonnent à la perfection, accompagnés de cette voix off chantée à l’image de la série : peu commune. Fucking Adelaide, drôle et attachante, nous donne envie de poursuivre l’aventure à ses côtés.

Alice Gapail

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