Séries Mania présente… « Oslo Zoo » et « Rabih TV », portraits d’une jeunesse perdue

A première vue, rien ne lie ces séries conçues bien loin l’une de l’autre. Il est vrai que de la Norvège au Liban, il y a un sacré bout de chemin.

Oslo Zoo, c’est l’histoire d’Amir, jeune diplômé au chômage, faute de débouchés dans son secteur. Sans argent, il finit par se convertir en chauffeur privé, emploi qu’il cache à sa compagne et à sa famille. Le travail, à ses yeux, n’est pas d’abord un moyen de survie, c’est avant tout un moyen de distinction sociale. La série dépeint avec humour et légèreté le quotidien du jeune homme, personnification d’une jeunesse diplômée qui n’atteint pas ses rêves. Son créateur explique ce choix scénaristique par son admiration pour des séries du type Atlanta et Master of None, mais aussi par sa rencontre avec un chauffeur de taxi, un jour, qui lui a demandé de raconter son métier à l’écran. S’il ne l’a pas fait immédiatement, cette idée lui est restée en tête, et donne quelques années plus tard, Oslo Zoo.

Rabih TV nous conte l’histoire de Rabih, simple voyou des quartiers « chauds » de Beyrouth, qu’une équipe de tournage va s’atteler à rendre tueur en série. Impossible d’ignorer la similitude entre le tueur de C’est arrivé près de chez vous, Ben, et notre Rabih. Même look, même insensibilité, même sang-froid, même penchants colériques. Mais Rabih TV nous livre aussi une représentation de la violence du Moyen-Orient qu’on ne connaît pas : la brutalité commune, celle des faits divers. La série lie intelligemment violence géopolitique et violence locale, nous poussant à nous interroger : qui de l’œuf ou de la poule était le premier ? Elle nous parle de sujets bien actuels au Liban : Daech, les quartiers pauvres, l’insécurité, le manque de perspectives d’avenir. Les images alternent entre celles prises par la caméra de l’équipe et celles qui se trouvent hors-champ, si bien qu’on ne distingue bientôt plus les deux. Cela ajoute au ton acerbe de ce format court à petit budget, qui ne pâtit absolument pas de ce manque de moyens. Elle sait, au contraire, utiliser cette situation à son avantage, et son propos est parfaitement porté par la mise en scène.

Ces deux séries répondent à une problématique épineuse : comment dépeindre la violence ressentie par la jeunesse ? Oslo Zoo prend le parti de l’humour, montrant un jeune homme contraint à mentir à son entourage pour ne pas perdre la face. Rabih TV nous montre une violence brute, implacable, tout autant que la société libanaise qu’elle dépeint. Qu’elle soit symbolique ou bien réelle, la violence est partout. Pour Amir, comme pour Rabih, aucun avenir radieux ne se profile. Ces deux séries offrent un portrait touchant et sans filtre de la jeunesse perdue, en quête de sens, de Beyrouth à Oslo.

Emma Bougerol

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