Festival Séries Mania : notre interview de Françoise Nyssen, la Ministre de la Culture

Pour sa neuvième et nouvelle édition lilloise, Séries Mania accueille des invités de marque. Parmi eux, Françoise Nyssen, Ministre de la Culture.

Après plusieurs expériences dans l’édition puis dans l’associatif, elle débute sa carrière politique en 2007 lors des élections présidentielles. Désormais membre du gouvernement Philippe depuis le 17 mai 2017, c’est en tant que Ministre de la Culture qu’elle se rend à Séries Mania Lille Hauts-de-France, pour un déplacement articulé autour de rencontres multiples, discours et inaugurations. Françoise Nyssen répond à nos questions.

LHM : Que pensez-vous de la délocalisation de Séries Mania de Paris vers Lille ?

« Il est important de souligner que ce n’est pas une délocalisation. C’est le premier festival Séries Mania qui a été créé à Lille. Laurence Herzberg, qui s’occupait du festival à Paris, est venue le prendre en main. C’est donc une recentralisation de toutes les énergies sur Lille : il s’agissait de créer un festival de séries, il y a eu plusieurs villes qui ont candidaté, et c’est celle-ci qui a été choisie. » Françoise Nyssen, Ministre de la Culture

Laurence Herzberg, 59 ans, est la directrice générale du festival international des séries à Lille : Séries Mania. Il s’agit en réalité d’un « reboot » des 8 versions précédentes se déroulant auparavant au Forum des Images à Paris, que cette dernière dirigeait depuis 2002. Quinze ans après, Laurence Herzberg décide donc de diriger une nouvelle version du festival, plus accessible et plus « populaire ». Non sans difficulté, elle a porté ce projet avec des partenaires motivés, passionnés. C’est, selon elle, « une vraie réussite donc pour cette nouvelle version » (à venir : interview Laurence Herzberg sur Le Halo Magazine).

LHM : Quelle est la politique d’aide à la production des séries de votre ministère, plus particulièrement des web-séries ?

« D’une manière générale la France est un système à la fois vertueux et très accompagnateur de la création audiovisuelle dans toutes ses dimensions. Le Centre National du Cinéma fait un travail d’accompagnement exceptionnel. Il permet la diversité et accompagne tous les genres, y compris la série. Et désormais des formats web, par la création notamment d’un fond pour les YouTubeurs. Il sera d’ailleurs présent à Cannes cette année. Le CNC est réellement attentif à toutes les formes de création, notamment la création émergente, en France mais aussi dans le monde. Et ce grâce à des coopérations qui se créent à tous les niveaux. On est sur un modèle d’accompagnement en France qui est exceptionnel. » Françoise Nyssen, Ministre de la Culture

Parmi les séries françaises présentées au festival Séries Mania, certaines étaient destinées à une diffusion sur internet. On peut citer notamment la comédie Doxa produite par Studio 4 ou encore la série diffusée sur la plateforme Blackpills, First Love.

Le Centre national du cinéma, ou CNC, est un établissement public administratif dont le ou la président(e) est désigné par le Président de la République, sur proposition du Ministre de la Culture. Il alloue des financements aux projets ou activités audiovisuels et a également un rôle de conseil auprès du gouvernement et du Ministre de la Culture. Depuis octobre 2017, le CNC possède un fond d’aide aux créateurs vidéo sur Internet, aussi appelé CNC Talent. Il alloue deux types d’aides, avec un plafond respectivement de 30 000 et 50 000 euros, prenant pour critère de base le nombre d’abonnés ou le fait d’être primé à un festival audiovisuel. Ce fond sert soit d’aide à la création, soit d’aide à l’éditorialisation des chaînes.

LHM : Quelle est votre série d’enfance, celle qui vous a marqué ?

« Chapeau Melon et Bottes de cuir, Belphégor, Le Prisonnier … Il y en a eu beaucoup ! Mais il n’y a pas que les séries audiovisuelles, la France a toujours été un pays de feuilleton. » Françoise Nyssen, Ministre de la Culture

Chapeau Melon et Botte de cuir (The Avengers) est une Série Britannique combinant espionnage, science-fiction, mystère et suspens. Créée par Sydney Newman et Léonard White, elle est composée de 6 saisons avec au total 161 épisodes. Diffusée de 1961 à 1969, elle fait ensuite l’objet d’un « remake » (The New Avengers) diffusé de 1976 à 1977, créé par Brian Clemens et Albert Fennell.

La série met en scène les péripéties de John Steed (incarné par Patrick Macnee), l’agent spécial de la reine. Ce dernier, chapeau melon et bottes de cuir en main, forme avec des femmes toutes plus jolies les unes que les autres des duos fusionnels et décalés. Une série culte à l’humour et au scénario totalement british : improbable et dépaysant.

Belphégor (ou le Fantôme du Louvre) est une mini-série française en quatre épisodes de 70 minutes. Un thriller adapté d’après le roman d’Arthur Bernède et créé par Claude Barma dont l’actrice principale est Juliette Gréco. La série est diffusée du 6 mars 1965 au 27 Mars 1965.

L’histoire se déroule à Paris durant l’été 1964. Dans le musée du Louvre, au département d’égyptologie, un fantôme tout de noir vêtu hante les lieux. Disparitions, agressions, assassinat : le criminel échappe à la police. André Bellegrade, jeune étudiant décide alors de percer ce mystère aux côtés du commissaire Ménardier, le père de celle qu’il aime en secret : Colette. Enquête explosive et loufoque aux péripéties palpitantes.

Le Prisonnier est une série d’espionnage imbriquant dystopie, science-fiction et drames psychologiques. Créée au Royaume Uni par George Markstein (écrivain et ancien agent secret) et Patrick McGoohan, elle fut produite par David Tomblin. La série est composé d’une unique saison de 19 épisodes, diffusée du 29 septembre 1967 au 1er fevrier 1968.

Agent secret britannique, le personnage principal démissionne. Il quitte tout, pars en vacances : nouvelle vie. Alors que ce dernier fait ses valises, élément imprévu : un gaz anesthésiant est diffusé dans son appartement. À son réveil, il se retrouve prisonnier dans un village inconnu duquel il ne peut sortir. Sur l’habit avec lequel on l’a vêtu, ni nom, ni prénom ; un simple numéro. Désormais il sera numéro 6. Une communauté villageoise colorée, un chef du village dénommé numéro deux, mais aucunes réponses concrètes. L’homme sera alors confronté à plusieurs épreuves, tiraillé entre la fuite, le combat, la collaboration afin de se sortir de là.

LHM : La série que vous regardez en secret, votre plaisir coupable ?

« Concernant les séries, je n’ai pas de plaisirs coupables, ils sont tous bons ! » Françoise Nyssen, Ministre de la Culture

LHM : Alors, vos séries du moment ?

« J’ai eu la chance d’aller sur le tournage de Dix Pour Cent et j’ai adoré ! Et donc je l’ai regardée. Je me dis aussi qu’il va falloir que je commence à regarder des séries comme Baron Noir et Borgen, maintenant que je suis une femme politique. Ma dernière fille m’a également conseillé cette série espagnole, La Casa de Papel, qui est, j’ai entendu dire, extraordinaire. Pour citer une dernière série, je dirais La servante écarlate. C’est une série rude mais passionnante sur la cause féminine, du grand cinéma. » Françoise Nyssen, Ministre de la Culture

Le projet de la série française Dix Pour Cent naît dans les années 2000 de la tête de Dominique Besnehard. Lui-même agent de célébrités, il s’inspire de son vécu pour imaginer une série drôle et décalée sur le quotidien de ses confrères et consœurs dans une agence. La série ne sera diffusée pour la première fois que le 14 octobre 2015 sur France 2, et est disponible depuis 2016 sur la plateforme Netflix. Fait notable, le réalisateur Cédric Klapisch (qui a fait Le Péril jeune ou encore L’auberge espagnole) fût directeur artistique et producteur associé pour la première saison. Il y réalise également deux épisodes. Le titre de cette « série d’auteur populaire » (Télérama) fait référence au pourcentage des revenus de l’acteur que touche son agent.

Dans Baron Noir, diffusée pour la première fois sur Canal + en février 2016, on suit le personnage de Philippe Rickwaert (Kad Merad), député-maire PS dans le Nord de la France, entre manœuvres politiques et stratégies clientélistes. La série est créée par Eric Benzekri et Jean-Baptise Delafon et compte jusqu’à présent deux saisons.

La série Borgen, une femme au pouvoir est elle aussi une série sur les coulisses de la politique, mais cette fois au Danemark. Plus ancienne que la série française précédente, la diffusion de la série créée par Adam Price s’étend de 2010 à 2013. On suit ici la femme politique Brigitte Nyborg dans son ascension pour devenir Première ministre du pays.

Sensation du moment, La Casa de Papel, produite par la chaîne espagnole Antena 3, est sortie en 2017 sur la plateforme Netflix. Créée par Alex Pina, elle met en scène un groupe de huit braqueurs entrés dans la Fabrique nationale de la monnaie de Madrid, avec prise d’otage en bonus. La série a rencontré un vif succès à sa sortie en France, et fait partie des séries « à la mode » de 2018, particulièrement chez les jeunes.

Puissante et sombre, La servante écarlate aussi connue sous son nom anglais The Handmaid’s Tale, n’est pas non plus passée inaperçue à sa sortie en 2017 sur la plateforme Hulu. Cette dystopie par Bruce Miller est adaptée d’un roman de Margaret Atwood. L’actrice américaine Elisabeth Moss y incarne June Osborne, jeune femme asservie parce que fertile dans une Amérique où peu de femmes peuvent encore donner la vie.

La ministre de la Culture a montré, par sa présence pour l’ouverture et lors des rencontres professionnelles du festival, son attachement aux séries. Sa présence a incontestablement donné une ampleur nationale au festival lillois face à ses « concurrents ». Elle a également affirmé son engagement pour les séries françaises, en affirmant aux Lille Transatlantic Dialogues qu’il « n’y a pas d’économies à faire sur la création. C’est l’une des raisons d’être de l’audiovisuel public », axant le reste de son discours sur sa volonté de renforcer, via le CNC, les aides pour les séries de l’hexagone. C’est donc un message encourageant pour les professionnels français présents que porte la ministre en visite à Lille. Les séries françaises ont visiblement un bel avenir qui se profile devant elles.

Emma Bougerol et Alice Gapail

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