Le problème de l’antisémitisme au sein du parti travailliste anglais

Le contexte

En 2012, suite à la peinture murale dans l’East London de K. Ockerman, une polémique avait été lancée. En effet, celle-ci représentait un groupe de magnats de la finance, dont certains étaient dépeints comme des hommes d’affaires juifs caricaturaux. Ceux-ci étant en train de jouer au Monopoly sur le dos de personnes pauvres, tout autant caricaturées : sans visage, sans identité, uniformes. Aussitôt, une partie de l’opinion publique avait manifesté son mécontentement et souhaité la destruction de ce mur. Jeremy Corbyn, à cette période, avait évoqué sa réticence à détruire le mur, prônant la liberté d’expression. Suite à ce positionnement, il s’était excusé d’avoir offensé la communauté juive, pas assez tôt pour empêcher des manifestations devant le parlement. En 2016, la député labour Naz Shah a posté une image d’Israël recouvrant les Etats-Unis, recueillant ainsi un tollé sur les réseaux sociaux. Bien évidemment, elle s’excuse peu de temps après, affirmant le fait que son poste peut être qualifié d’idiot, donnant l’impression qu’elle n’a pas vraiment réfléchi à la portée qu’il pouvait avoir sur les internautes qui la suivent. Face à sa suspension du parti Labour, le député Ken Livingstone la défend sur les médias, d’une manière tout aussi insensée. Il affirme, au cours de son intervention, qu’Hitler était pro-sioniste avant de devenir fou. Ces événements ont ravivé le débat autour d’une sorte de phénomène antisémite que certains rattachent au parti travailliste. Pour le maire de Londres, Sadiq Khan, ces propos sont inacceptables et, de ce fait, Livingstone devait mériter la suspension, ainsi que Naz Shah.

Une limite qui semble dur à définir, entre critique du régime actuel Israelien et préjugés antisémites, pour certains extrémistes

Selon le journaliste J. Freeland du Guardian, les deux députés mis en lumière ces dernières années ne sont que les arbres qui cachent la forêt. Il accuse Corbyn de dédramatiser le problème qui semble gangrener son parti. D’ailleurs, Alex Chalmer, membre du labour Oxford Club, l’a quitté estimant qu’il y avait un problème d’antisémitisme et que beaucoup en son sein ont « des problèmes avec les juifs ». Selon lui, il faut savoir discerner la critique du régime politique Israélien en Palestine de la haine transmise dans les clichés antisémites. Cela serait peut-être plus judicieux de séparer politique et religieux afin d’éviter les discours racoleurs et populistes alimentés par une imagerie haineuse véhiculée depuis longtemps. En outre, l’ensemble de la communauté juive britannique sait faire cette séparation entre une culture ainsi qu’une mémoire qui la rattache à Israël et le régime politique qui se produit aujourd’hui que tous ne cautionnent pas. Le journaliste du Guardian s’interroge cependant : pourquoi un tel acharnement sur la communauté juive britannique ne serait pas plutôt tournée vers la Russie qui aide à bombarder la Syrie et qui tue 1700 civils ?

Jeremy Corbyn ne devrait pas être le maître de classe

Selon la BBC, ces manifestations et ces accusations de laxisme concernant Corbyn seraient une tentative de décrédibilisation de son autorité politique. Au vu des postes incontrôlables de certains membres de son parti, il apparaît dès lors comme le maître qui ne sait pas corriger ses mauvais élèves et qui manifeste trop peu d’égard envers une partie de ses concitoyens. Est-ce à lui de faire la morale et de surveiller les membres de son parti ? Peut-on réellement priver de réseaux sociaux les mauvais élèves du Labour ? Il serait possible d’émettre l’hypothèse selon laquelle un député, conscient de son audience, devrait réfléchir davantage avant de poster des images ou propos susceptibles de heurter un groupe d’individus, quel qu’il soit. Par ailleurs, certaines inquiétudes sont émises au sujet du passé de Jeremy Corbyn : il aurait été membre d’un groupe facebook de soutien envers la Palestine, fondé par Paul Heiser, un négationniste de la Shoah. Qui est le vrai fautif ? Le sujet reste sensible. Ne serait-ce que dans l’emploi des mots. Le basculement vers l’antisémitisme est très facile à opérer car personne ne possède les mêmes définitions. Par exemple, selon J. Freeland, certains qualifient le sionisme comme « un courant historique déterminé à rétablir la communauté juive en Palestine », quand d’autres l’utilisent à des fins péjoratives et discriminatoires. De ce fait, l’incompréhension est très opaque et les dérives antisémites, monnaie courante.

Marthe Chalard-Malgorn

Sources :

New York Time : https://www.nytimes.com/2018/03/29/world/europe/uk-jeremy-corbyn-mural.html

The guardian : https://www.theguardian.com/politics/2016/apr/28/antisemitism-row-divided-labour-party

The guardian : https://www.theguardian.com/commentisfree/2016/mar/18/labour-antisemitism-jews-jeremy-corbyn

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