Le pays de la gastronomie oblige désormais le “doggy-bag”

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Menée par deux députés, la décision de rendre le “doggy-bag” obligatoire dans tous les restaurants de France a été votée à l’Assemblé Nationale dimanche 27 mai. Cette initiative sera mise en vigueur le 1e juillet 2021 et aura pour but de réduire le gaspillage.

La question du “doggy-bag” avait été évoquée lors du précédent quinquennat mais n’avait pas été adoptée sous prétexte que la mentalité française était différente de celle des Américains, qui, eux, fonctionnent depuis longtemps avec le système du “doggy-bag”. En effet, cette pratique d’emporter les restes de son repas du restaurant chez soi est une pratique normale et courante à l’étranger, notamment dans les pays anglophones tels l’Angleterre ou les Etats-Unis. Les Français, eux, ont peur de se prêter au jeu par peur de passer pour des avares ou simplement parce qu’ils sont gênés. Selon de nombreux Français, le “doggy-bag” est tout sauf chic (c’est vrai que son nom vient de son but premier de ramener ses restes pour son chien).

Suite à la première mention de l’amendement en 2016, beaucoup de restaurants avaient commencé à accepter le “doggy-bag” si le client le demandait. Mais, sans un coup de pouce du serveur, la pratique a eu du mal à se généraliser et à s’intégrer dans la mentalité française. Depuis 2016, de nombreux restaurants ont cependant commencé à revoir leur politique par rapport au tri des aliments et au gaspillage, mais les chiffres ne semblent pas s’être améliorés. Le sachet à emporter obligatoire semblait donc être la solution. Matthieu Orphelin, député de La République en marche et cosignataire de l’amendement, affirme que le gaspillage représente « 16 milliards d’euros perdus chaque année pour notre économie. » Cet amendement est, selon lui, « un outil intéressant et important pour lutter contre le gaspillage alimentaire dans la restauration. » En outre, cette réforme va dans le sens du Pacte national adopté en avril 2017 qui a pour but de diviser le gaspillage alimentaire par deux en 2025.

Pas encore accepté par tout le monde

Alors que de nombreux députés sont d’accord, quelques-uns sont toujours sur la défensive et doutent de son efficacité. Thierry Benoit, député du parti minoritaire, l’Union des Démocrates et Indépendants n’est pas sûr de son rendement : « En France, je ne suis pas certain que cette idée du doggy bag, même si j’en comprends le sens, soit la grande idée révolutionnaire qui contribuera à la réduction du gaspillage alimentaire. » Par ailleurs, selon lui, cette décision serait une mode et « comme toute mode, celle-ci passera. » Vincent Descoeur, a lui aussi ses doutes concernant l’amendement. Il souligne que « le volume d’emballages qui sera ainsi créé anéantira le bénéfice de la lutte contre le gaspillage. » Bérangère Abba, députée à l’origine de l’amendement affirme cependant bien que toutes les boites à emporter seront recyclables et réutilisables.

L’amendement doit, de toute façon, suivre le parcours législatif avant de voir le jour. Il a besoin d’être validé par la commission économique de l’Assemblée et doit ensuite être accepté par l’ensemble des députés pour pouvoir enfin être inscrit dans la loi.

Lola Desmole