Présidentielles au Brésil : nos questions sur la situation du pays à une étudiante française à Rio de Janeiro

Source : Eurosport

À la veille des élections présidentielles brésiliennes, Le Halo Magazine s’est entretenu avec une étudiante française en architecture partie, dans le cadre d’un échange international, à l’Université PUC de Rio de Janeiro, pour une durée d’un an. Nous l’avons questionnée au sujet de la situation du pays où l’extrême-droite incarnée par Jair Bolsonaro est en passe d’accéder au pouvoir, affichant près de 40% des intentions de vote. Les candidats se disputeront le Palais de l’Aurore, ce dimanche. Entretien avec Louise Delange qui a accepté de répondre à nos interrogations.

Tout d’abord, rappelons l’identité des cinq candidats principaux en lice pour la victoire. Comme nous l’avons dit plus tôt, Jair Bolsonaro, le candidat d’extrême-droite donné comme le grand favori du premier tour, affiche environ 40% des intentions de vote dans les derniers sondages réalisés. Sur ses talons, Fernando Haddad, le « poulain de Lula », surnommé par ses contempteurs la  » marionnette de Lula », serait, quant à lui, crédité de 25% des intentions de vote pour la gauche. Ciro Gomes, le candidat du Parti Démocratique Travailliste (centre-gauche), est annoncé à 15% des intentions de vote. Geraldo Alckmin, représentant d’une droite « élégante », est au pied du podium des intentions de vote en raison d’une stagnation à 8%. Enfin, loin derrière et fermant la marche des principaux candidats du premier tour, Marina Silva, la candidate écolo évangélique au parcours chaotique (l’ancienne ministre de l’écologie de Lula fut domestique et analphabète jusqu’à ses 16 ans, N.D.L.R.), a vertigineusement chuté dans les sondages, étant passée de 16% à 3% des intentions de vote.

Le Halo Magazine : Bonjour, Louise. Qu’en est-il du système politique brésilien ?

Louise Delange : Leur système est très compliqué à comprendre et je ne me suis pas encore familiarisée avec tout ça. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’ici, la plupart des brésiliens sont d’accord avec le fait que peu importe qui sera élu, l’état actuel du pays sera maintenu dans un état de crise et les inégalités sociales toujours autant marquées, voire pire. La corruption est plus marquée dans certains partis mais la vérité est que tout le monde sait c’est qu’ils sont tous corrompus. Alors, bien sûr, vous avez toujours des idéalistes qui gardent espoir, ferment les yeux sur la corruption et refusent d’en parler en pensant voter pour « le moins pire ».

L.H.M. : Comment a réagi l’opinion publique face aux accusations qui ont été portées atteinte à Lula (le candidat de gauche a été accusé de corruption puis emprisonné, N.D.L.R.).

L.D. : Bon, alors ça aussi, c’est compliqué, parce qu’au jour d’aujourd’hui, Lula est autant aimé que détesté. Certains passe au-dessus de l’entichement lié aux affaires de corruption car ils n’oublient pas ce qu’il a réussi à faire au niveau social, c’est-à-dire, par exemple, sortir de nombreux pauvres de la misère. Et puis il faut dire que lui même l’a été (pauvre, N.D.L.R.) dans sa jeunesse, donc il représente une figure d’espoir pour les plus démunis. Aujourd’hui, dans Rio, vous pouvez voir accroché à certains balcons des banderoles « Sortez Lula de prison », « Lula innocent », etc., mais on peut noter aussi que pour une majorité des pauvres, ceux qui vivent dans les favelas, et bien leur jugement s’est inversé car ils ont perdu espoir dans le seul homme qu’ils ont cru être leur semblable et « enfin » un politique honnête. Donc la majorité de cette population s’est radicalement tournée vers un autre parti et soutient actuellement Bolsonaro (le candidat d’extrême-droite, N.D.L.R.).

L.H.M. : Comment Lula interagit-il avec la population, depuis sa prison ? A-t-il encore un poids, une parole avec du crédit ?

L.D. : Ah oui, alors… Maintenant, Lula, depuis sa prison, appelle les Brésiliens à lutter contre la mise en place d’un système fasciste dans le pays. Mais, comme je l’expliquais, le problème, c’est que pour de nombreux Brésiliens, sa parole ne vaut plus rien.

L.H.M. : Et les autres candidats ?

L.D. : Les autres candidats… Non, là, je ne pense pas pouvoir vous aider. De plus, je n’ai pas d’avis forgé sur la question. Si ce n’est que je pense qu’au final, Bolsonaro va passer et que ce sera vraiment regrettable. Dans tous les cas, peu importe qui passe, la situation du Brésil ne va pas s’améliorer en un clin d’œil car c’est un pays complexe qui a énormément de problèmes à résoudre. Attention ! Ce pays est tout de même doté de multiples qualités, malgré tout ce que j’ai pu vous dire d’un point de vue politique, c’est très important ! Et si Bolsonaro passe, les différences sociales ne vont être que renforcées. C’est tout de même dommage de voir autant d’atrocités dans un pays aussi magnifique…

Victor Penin