« Pourquoi partir étudier en Erasmus ? » Le Halo Magazine vous donne de bonnes raisons de le faire

© The Andras Barta - Pixabay

Pour celui qui n’a pas vu le film L’Auberge espagnole et qui compte se lancer dans l’aventure Erasmus, il est encore temps de le regarder car il reflète encore plutôt bien cette aventure dont de nombreux étudiants bénéficient chaque année. Le programme, impulsé en 1987 par quelques membres de l’Union Européenne, qui tient son nom du célèbre philosophe et humaniste néerlandais Erasme, permet aux étudiants de l’enseignement supérieur de l’Union Européenne de voyager et étudier à travers l’Europe. L’aventure Erasmus 2018-2019 a commencé depuis peu pour de nombreux étudiants et pourtant, elle est déjà remplie de souvenirs et d’expériences. Au delà de l’image festive d’Erasmus que renvoie l’Auberge espagnole, ce programme est une source d’opportunités, culturelles et sociales. Sans oublier certains mauvais cotés de l’expérience qui deviennent eux-mêmes des atouts pour les étudiants sur le long terme. Pour rester dans l’esprit du film de Cédric Klapisch, le Halo s’est infiltré dans un groupe Erasmus composé en majorité de Français qui passent leur année à Murcie, en Espagne.

Que viennent chercher les étudiants en Erasmus ?

Les étudiants ont tous des parcours très différents et pourtant ils viennent chercher la même chose : la nouveauté. Le mot qui revient le plus souvent dans les interviews et « autre », « autre culture », « autre vie », « autre langue », « autre lieu », « autre moi », « les autres », « autres projets », « autre expérience » ; car oui, tout change en Erasmus, et tout devient autre et différent. A la première question, « Pourquoi Erasmus ? » et « Pourquoi ce choix de ville ? », la majorité a répondu vouloir partir à l’étranger pour la découverte d’une culture différente ou l’apprentissage d’une nouvelle langue. Beaucoup d’entre eux estiment aussi qu’une telle expérience peut être valorisante pour de futurs projets d’études ou même professionnels, et que cela constitue même une étape incontournable pour certains, dans le cas d’études de langue, par exemple. La raison du choix de la ville, elle, varie en fonction des personnes. Certains avouent avoir choisi Murcia pour son climat, d’autres pour la culture espagnole ou encore pour se rapprocher d’une personne vivant déjà là-bas. Pour tous, le choix de faire un Erasmus a été mûrement réfléchi. Et pour tous, l’expérience est jusque là plus que positive.

Que retiennent-ils du début de leur expérience ? Et qu’en retirent-ils ?

Ils prennent chacun petit à petit leur indépendance, ils apprennent à se débrouiller seul, à se retrouver avec eux mêmes et se tourner vers de nouvelles personnes. Les meilleurs souvenirs pour la plupart d’entre eux sont des rencontres, des périples de fin de semaine.

L’organisation officielle Erasmus à Murcia (ESN) chouchoute les nouveaux arrivants. Chaque semaine, et même presque chaque jour, un événement est organisé pour eux. L’organisation hebdomadaire que notre groupe de français affectionne particulièrement est le tandem de langue organisé tous les lundis soir dans un bar du centre ville. L’étage de ce bar est réservé aux Erasmus et aux Espagnols voulant partager un moment d’échanges culturels. Les langues fusent, tout le monde parle, ou du moins, essaie de se faire comprendre, échange, rigole.

Les étudiants affirment acquérir grâce à toutes ces expériences et petits moments qui leur sont dédiés, une ouverture d’esprit plus grande. Une des étudiantes a d’ailleurs affirmé dans son interview qu’elle ressentait depuis son arrivée que sa façon de penser évoluait ; ses perspectives d’avenir ont déjà commencé à changer. Erasmus permet de développer son indépendance à tous les niveaux. Par exemple, la plupart des étudiants vivent en collocation, ils apprennent à vivre en communauté, avec des personnes qu’ils ne connaissent pas, et souvent avec des personnes d’une autre nationalité, « ce qui n’est pas toujours facile », confient certains de nos interviewés.

Quel est le plus dur pour les Erasmus ?

Ce qui semble le plus dur et le plus formateur en Erasmus sont les problèmes administratifs. Par exemple, plusieurs d’entre eux ont eu des problèmes de santé dès le début du séjour : passage à l’hôpital pour certains, consultation en centre de santé pour les autres. Les démarches administratives à opérer pour ces suivis médicaux n’ont pas été sans embûches pour certains : deux de nos interviewées ont déclaré que « le système était vraiment différent du système en France » ; elles ont été surprises de ne pas avoir été aidées plus que cela dans les démarches et ont eu « le sentiment d’être des intrus qui posaient problème ». En revanche, d’autres ont eu des expériences plus positives face à ce genre d’ennuis, avec des personnels de santé très aimables et rassurants.

En Erasmus aussi, même si c’est plutôt exceptionnel, il est possible de se trouver exclu par des citoyens du pays qui nous accueille. Les étudiants se confrontent pour la première fois à un rejet qui n’est pas visible lorsqu’ils sont de simples touristes. De la même manière, les étudiants sont perçus comme la cible idéale pour certaines entreprises privés ou même des particuliers dont le but est d’arnaquer. Beaucoup d’Erasmus ont été piégé par cela. Certains, ne pouvant se déplacer à Murcie, ont loué des appartements qui n’appartenaient pas au soit-disant propriétaire, d’autres ont subi des arnaques lors de voyages organisés qui n’avaient finalement rien d’organisés et qui étaient excessivement chers pour les activités proposées. Oui, un étudiant Erasmus est aussi une cible parfaite, il est étranger et, cerise sur le gâteau, il est jeune. Mais, dans la peau d’étrangers, il ressent davantage le besoin lorsqu’il rentre, de devenir plus accueillant envers de nouveaux arrivants. La façon dont il reçoit l’autre devient le reflet de son pays et même de sa propre ouverture d’esprit. Erasmus apprend à devenir tolérant.

D’autre part, cette expérience apprend à être plus patient. Toujours dans le registre administratif, les démarches concernant les études (inscriptions à l’université, choix des cours, etc.) ne sont pas toujours simples et rapides étant donné que les étudiants doivent se faire coordonner deux universités, celle d’origine et celle d’accueil, qui ne sont pas toujours en communication. Toutefois, selon les étudiants que le Halo a interviewé, les professeurs de l’université de Murcia sont accueillants, les professeurs-tuteurs, pour la plupart, prennent très à cœur leur rôle et font en sorte de faciliter l’intégration et les démarches administratives des Erasmus dans leur université. De même, cela n’est pas toujours facile, au début, de suivre des cours dans une langue étrangère, surtout quand la filière n’est au départ pas basée sur l’apprentissage de cette langue. Beaucoup de nos interviewés avouent avoir eu des grands moments de solitude lors de cours parce qu’ils ne comprenaient pas ce qu’on attendait d’eux, si on leur parlait ou simplement ils ne comprenaient pas le cours en lui même. Les étudiants sont rentrés chez eux exténués des premiers cours du fait de la double attention apportée en classe. Toutefois, le progrès dans la langue est plus rapide et, souvent, les camarades de classe ainsi que les professeurs aident les Erasmus. Des étudiants Erasmus ont été pris en charge dès le début par les autres élèves, mais pour quelques-uns il est plus difficile de s’intégrer et d’échanger. Chacun s’intègre à son rythme, et certains sont plus chanceux que d’autres.

Des anecdotes ? Des mauvaises expériences ?

Il faut rappeler que l’aventure n’en est qu’à son début et ces petites difficultés de départ se transformeront sans aucun doute en de beaux souvenirs. Pour celle qui a perdu son sac avec tous ses papiers le premier jour, à l’aéroport, elle en rigole aujourd’hui. Pour celle qui doit tous les jours faire presque une heure de transport en commun pour aller en cours car elle a choisi son logement en fonction de la mauvaise université, elle en rigolera demain. Pour celui qui s’est fait voler son vélo dès les premières semaines, moins sur qu’il en rigole tout de suite, mais, tous ces petits aléas apprennent à faire autrement, à se débrouiller, à relativiser malgré la distance avec sa famille et finalement, la facilité.

Nos Erasmus ont des projets !!

Ces souvenirs, ces expériences forgent une identité et font nourrir des projets. Tous ont ressenti le besoin de développer de nouveaux projets. Beaucoup d’entre eux compte poursuivre un parcours à l’étranger, un master à l’étranger ou bien un assistanat de langues. Ceux-là veulent pousser leur ouverture au monde encore plus loin. Une étudiante en audiovisuel a pour projet de réaliser un projet cinématographique avec d’autres camarades Erasmus. Le projet est déjà en cours, il devrait voir le jour en juin. Plus globalement et tout aussi sérieux, Erasmus peut aussi être le moment de rencontre de deux âmes sœurs qui fonderont une famille, plus tard. De nombreuses études ont montré qu’il existait une multitude de bébés issus du programme Erasmus. Erasmus est donc une source de projets et influe beaucoup sur l’avenir des étudiants en tout point.

Une expérience donnée à tout le monde ?

C’est une expérience qui n’est pas donnée à tout le monde. Les Espagnols , par exemple, paraissent moins nombreux à partir en Erasmus du fait du prix que cela peut coûter aux familles. Le niveau de vie est beaucoup plus faible en Espagne, à Murcia en tout cas. Ainsi, ce projet peut être un véritable investissement pour de nombreux étudiants qui doivent déjà payer leurs études dans leur pays, malgré les avantageuses bourses que nous offre l’Union Européenne. Le conseil que tous les anciens Erasmus donnent aux nouveaux est de profiter un maximum car ce n’est pas une expérience permise à tous, et aussi tout simplement parce qu’elle est unique. A Murcia ou ailleurs, Erasmus est une grande opportunité.

Erasmus est un programme qui s’étend de plus en plus et qui devient un atout pour l’avenir des étudiants et même de tous les citoyens.

Et quel est l’avenir d’Erasmus ?

Son avenir dépend de l’Union Européenne. Les Britanniques, eux, s’en excluent avec le Brexit. Les étudiants sont donc privés de cette expérience alors qu’à l’inverse, le programme, depuis 2014, prend de plus en plus d’ampleur en s’étendant aux apprentis et aux bénévoles par exemple, et devient de plus en plus accessible. Dans un monde aujourd’hui malheureusement toujours plus individualiste, il semble important de conserver cette ouverture sur le monde, sur l’autre et sur soi, que permet le programme Erasmus. D’ailleurs se développent également des échanges inter-universitaires avec d’autres pays du monde qui permettent d’élargir le champ des possibles pour de nombreux étudiants. Voyager et vivre à l’étranger apporte autant à l’homme que l’homme apportera à sa société par la suite ; ceci doit nous rester en mémoire car comme l’a dit Erasme dans Querela Pacis : « Le monde entier est notre patrie à tous. »

Clémentine Miquelot

Remerciements au groupe Erasmus que Le Halo Magzine a pu interviewer, Sara Arduini, Mariona Veber Castelli, Thomas Sarazin, Léa Lecoutour et Alicia Denoyer.

Sources :

https://www.france24.com/fr/20170312-royaume-erasmus-place-programme-ue-erasmus-apres-brexit

https://www.lemonde.fr/campus/visuel/2017/07/26/bebes-erasmus-l-europe-vue-par-les-familles-qu-elle-a-fait-naitre_5165076_4401467.html