L’heure d’une critique : (Cl)Overlord

C’est votre nouveau rendez-vous hebdomadaire ! Le Halo Magazine vous présente chaque semaine une nouvelle critique à travers la plume d’Albin Guéhéneuc. Pour ce faire, le principe est simple, une heure maximum par analyse. Objectivité, s’abstenir !

Du J. J. Abrams mais pas que…

JJ Abrams
Tout d’abord je vous invite à écouter la B.O de « The Cloverfield Paradox » qui – je l’espère – correspondra au mieux avec mes mots et votre lecture.

Le film met en scène un groupe de commando quelques heures avant l’opération Overlord, devant faciliter le débarquement des alliés américains. Mais, car il y a toujours un mais, tout bascule dans le petit village de l’opération. Des découvertes apparaissent, jusqu’à ce que le principal antagoniste se trouve plongé dans l’horreur et/ou la réalité de cette dystopie : les expériences surnaturelles des nazis. Entre action, terreur, fascination, pression et tension ce film ne pourra vous laisser de marbre tant sa volonté est de créer une saga excitante et un joyeux bestiaire de fantaisies assumées.

Overlord est un film agréable, un film généreux et globalement maîtrisé. Autant couper court, JJ Abrams est encore passé par là : le désormais incontournable et insaisissable réalisateur et producteur du premier opus de la nouvelle trilogie Star Wars, de Super 8, Star Trek, Westworld et surtout (ce qui va découler grandement de cette analyse) Cloverfield.

Le point d’Albin (mais accrochez-vous !)

Cloverfield est un film de 2008 réalisé par Matt Reeves (à la réalisation des deux derniers « Planète des Singes ») et scénarisé par Drew Goddard (aussi réalisateur du très récent « Sale Temps à l’hôtel El Royale » -que le monde est petit-).

Le film catastrophe aux allures de faux documentaire avec sa réalisation caméra à l’épaule, mystérieux et anxiogène au possible a su se créer une renommée et produire une grande excitation aux fans et aux curieux. Un vent de fraîcheur et de possibilités s’ouvre alors, huit ans après « 10 Cloverfield Lane », dans la même continuité que le premier film mais en huis clos cette fois ci. Deux petites années après, c’est sur Netflix (produit par la Paramount) que « The Cloverfield Paradox » détonne et cette fois ci en fanfare avec une promotion novatrice: le jour de l’annonce surprise du film, il était disponible le jour même : coup de génie. Ce dernier explore les distorsions de la réalité physique et quantique liées à la recherche et l’exploration d’utilisation de matière infinie pour résoudre la crise énergétique sur terre.

Cette même année, ce qui devait être dans la ligné de ces films, a été clairement évincé de cet univers. Mais je vous le dis, il n’en est rien, Overlord fait partie de cet univers étendu. Voici pourquoi : il y a bien quelque chose qui se développe et qui émerge de l’imaginaire de J.J. Abrams : c’est sa vision fantastique, son désir de produire et de générer un divertissement excitant, tout en intégrant ce dernier dans une continuité flouée, parfois à peine palpable, parfois totalement assumée (comme par exemple les fameux lens flare communs à sa réalisation).

Revenons sur le film, sur la vision et version 2019 de l’esprit de J.J.

Mais pas qu’un film de genre

L’attrait incroyable de ce film est sa réalisation, son scénario, son jeux d’acteur et son ton (l’une de ses plus grandes forces). Mais le film ne s’arrête pas à une réalisation efficace, sans nouveautés ni grands risques (outre les 10 premières minutes délirantes d’adrénaline, de délire bestial et de folie humaine), elle décide de s’approprier le meilleur d’autres œuvres.

La recette Overlord

Prenez une pincée de Hellboy 2, ajoutez une belle dose de Inglourious Basterds, préchauffez un Wolfenstein, laissez reposer la préparation sur fond de Lovecraft. Enfournez pendant 110 minutes.

Précaution de consommation: ne convient pas aux jeunes enfants, aux cardiaques, à ceux ne supportant pas l’hémoglobine et aux délires assumés.

Mais pas qu’un film B

C’est certain, ce qui semblait se dessiner comme un film brouillon, légèrement assumé et parfois grotesque n’en est rien. Il est bien plus que ça, puisqu’il prend au meilleur et ne s’arrête pas là. Voyez-le comme un pot Haagen Das : beaucoup de glace (les dialogues, les mises en place, les intrigues secondaires), quelques morceaux de chocolats (les moments jouissifs, le joyeux bestiaire, le processus de création des nazis, le débarquement raté, les tensions palpables et les enjeux conséquents) et enfin les morceaux de cookies, délicieux, tendres, sucrés semblables aux plaisirs coupables, aux explosions de crânes, de torture, de développement du sérum, de massacre de nazis par une France rebelle et une Amérique soucieuse de viser principalement les têtes des ariens.

Mais pas qu’un film

Le destin de cette saga s’annonce extrêmement ambitieux, généreux et surtout rapide. Dans l’ère du temps avec une consommation revue, adaptée et adaptable. Un tour de force, certes avec des facilités de réalisation et d’écriture, mais toujours agréable, créatif et frais ! Des œuvres intemporelles, permutables et malléables avec de nombreux niveaux de lecture.

Albin Guéhéneuc