Hyperandrogénie et sport : un cocktail opaque

L’hyperandrogénie est une particularité qui soulève plusieurs questions d’ordre éthique, économique et politique. La difficulté que l’on à trouver un dictionnaire définissant le terme précisément est révélatrice du manque de visibilité de la question et de sa complexité.

En fait, on parle d’hyperandrogénie lorsque les androgènes, hormones mâles, sont produits en excès dans l’organisme d’une femme. Les institutions internationales du sport se sont penchées sur cette question en raison des résultats prodigieux de certaines femmes en compétitions qui portent cette particularité. LAssociation internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF) et le Comité International Olympique (CIO) ont engagé des scientifiques pour analyser la question. Puis, l’IAAF a annoncé que de nouvelles règles allaient être instaurées concernant l’hyperandrogénie. Les scientifiques de l’IAAF parlent de femmes DSD – pour « differences of sexual developpement » – lorsque leur taux de testostérone va au-delà de 5nmol/L.

En 2011, cette qualification était attribuée aux femmes qui présentaient un taux de testostérone supérieur à 10nmol/L. Ce chiffre étant la limite inférieure chez les hommes, ceux-ci, lorsque leur taux descend en dessous de 10 peuvent obtenir une autorisation d’usage thérapeutique (AUT) car il y a un risque pour leur santé. Aujourd’hui, ces règles stipulent que si des athlètes femmes ont un taux trop élevé de testostérone, elles doivent l’abaisser si elles veulent accéder à certaines épreuves. Or, ces nouvelles règles sont confrontées à une forte opposition. Pourquoi ce désaccord et quels sont les différents points de vue adoptés dans ce débat ?

Qu’estime l’IAAF ?

L’hyperandrogénie serait, selon l’IAAF, un dopage naturel. Cette particularité est pour eux un manque d’équité vis-à-vis de certaines épreuves. Selon les dires de Sébastian Coe, le président de l’IAAF, les athlètes bénéficiant de cette particularité ne seraient pas légitimes de participer à certaines compétitions car elles n’auraient pas autant de mérite que les autres. En effet, les sportives non-hyperandrogènes travailleraient plus dur pour avoir de bons résultats en compétition. Cette vision des choses admet donc que les hormones mâles augmentent les capacités de rapidité chez les femmes hyperandrogènes.

C’est pourquoi, la justice leur a demandé de faire faire une étude sur deux ans pour prouver que le taux de testostérone augmente les performances féminines dans le sport. A travers ces résultats, l’IAAF confirme qu’en effet, pour certaines épreuves comme le 400m, le 800m et le 1500m, l’hyperandrogénie influe sur le rendement des compétitrices. Il ont donc logiquement décrété une véritable injustice entre les athlètes.

Ce nouveau règlement est très controversé par les athlètes concernées par la particularité, comme Dutee Chang ou la sud-africaine Caster Semenya, mais également des coachs tels que Pierre-Jean Vazel, entraîneur d’athlétisme, qui au cours d’une interview dans Le Monde précise à nouveau qu’ « elles ne sont pas malades ».

Qu’en pense l’opposition?

On retrouve souvent dans les dires de l’opposition que l’hyperandrogénie n’est pas une maladie. La volonté de diminuer un taux de testostérone chez les femmes ne serait pas recevable dans le sens où cela ne servirait pas le bien être des athlètes. Cet abaissement peut au contraire provoquer des effets secondaires néfastes pour le métabolisme des sujettes concernées et agir comme une ménopause avancée. Les études sur lesquelles s’appuie l’IAAF sont considérées douteuses par l’opposition car elles mentionneraient des résultats faussés par des athlètes fortement dopées et réalisés par des scientifiques partiaux.

L’autre lecture de ce nouveau règlement est de le voir comme une manière de restreindre le corps féminin à un certain modèle. Comme souvent, les femmes sont incitées à être grandes, minces et sans trop d’extravagances physiques. Certains athlètes se posent donc la question : cette règle ne serait-elle pas là uniquement pour rappeler à la gente féminine ce qu’elle est « censée » être ? Autrement dit, les opposants reprochent que certaines capacités aient à être corrigées sous peine de voir des filles se « transformer » en garçons. Qui plus est, l’interdiction à ces femmes ayant un taux de testostérone élevé de concourir dans leur propre catégorie, signifierait publiquement qu’elles n’en sont pas. Cette réglementation pourrait donc relever d’une discrimination qui n’est pas tolérée par la loi française.

Des instances sportives trop masculines ?

Autre fait que les défenseurs des athlètes hyperandrogènes mentionnent : le président, le vice-président, le trésorier et le directeur général de l’IAAF sont des hommes. De surcroît, les membres qui la composent sont essentiellement masculins. Pour les opposants, notamment féministes, cela soulève une nouvelle fois la question d’une société patriarcale où les garçons contrôlent l’image renvoyée par les filles. Le président ne s’intéresserait d’ailleurs que partiellement au problème puisqu’il affirme que les résultats et le taux de testostérone sont directement liés. Or, on sait désormais que plusieurs facteurs entrent également en jeu tels que les gènes, les caryotypes XX ou XY ou les récepteurs androgènes. Quant aux athlètes masculins qui ont des performances hors norme comme Usain Bolt, aucune interrogation ne subsiste et il n’a jamais été question de les exclure de la catégorie « homme » ou d’abaisser leur taux de testostérone.

Ce que l’on constate, c’est que ces institutions semblent s’attarder davantage sur une particularité naturelle bénigne que sur les véritables faits de tricherie avérés, notamment le dopage de masse relatif à certaines pratiques sportives comme le cyclisme ou le football. Après tout, cette polémique ne sert-elle pas de leurre afin d’éloigner l’opinion et les médias quant au fléau que représente le dopage ? Ne sert-elle pas également à préserver les capitaux financiers importants générés par ces industries ? 

Pour donner suite à cette réflexion sur les nouvelles règles concernant les athlètes hyperandrogènes, je vous invite à vous pencher davantage sur ce sujet qui soulève moult passions. Notamment autour de la place de la femme dans le monde du sport en général. Évidemment, les questions posées dans l’article restent ouvertes et sujettes au débat.

Clara Chamoux