France Musique

Le retour gagnant de Georgio avec son dernier album « XX5 »

Il est de ces artistes qu’il faut écouter, écouter puis encore écouter pour saisir toutes les subtilités de son écriture. Georgio est revenu avec un nouvel album intitulé XX5 le 23 novembre dernier. Définissant lui même XX5 comme son projet le plus abouti, le défi était pourtant de taille. Après différents projets et deux albums très bien réalisés (Bleu noir et Héra), possédant chacun une thématique particulière et prononcée, il lui fallait continuer sur sa lancée. Mission accomplie ?

En effet, Bleu Noir était chargé d’un penchant très sombre et mélancolique qui entrait en résonance avec une période dépressive de Georgio, tandis que le fil conducteur de Héra portait plus sur l’amour et l’espoir retrouvé. On avait donc deux projets interdépendants, Héra étant une forme de réponse à la noirceur de Bleu Noir.  Cette  complémentarité a renforcé les attentes quant à la suite de la carrière du rappeur tant du point de vue musical que textuel et des interrogations subsistent quant aux thématiques qui allaient prendre le dessus dans ce troisième album.

Musicalement parlant, XX5 est un projet plus « rap » que Héra. Il est assez long puisqu’il est composé de 18 titres pour une durée d’un peu plus d’une heure. On est donc face à un contenu assez dense dont l’analyse est difficile à la première écoute et dont il est tout aussi ardu d’en distinguer un thème principal contrairement aux albums précédents. Néanmoins, ce qui ressort en premier de XX5, c’est l’impression d’une forme de mix et de combinaison entre les différentes thématiques de Héra et de Bleu noir comme s’il était impossible pour Georgio de se détacher de son passé. C’est d’ailleurs sur ce passé presque « indélébile » que s’ouvre l’album avec le morceau « Hier » et les premières paroles « A tout jamais je me rappellerai quand on manquait d’argent« . Ce premier morceau est en effet une forme de rétrospective sur le passé plus que tourmenté du rappeur, dont il lui fut difficile de s’extraire, et dans lequel des sujets inhérents à son écriture se recoupent : problèmes familiaux, solitude, dépression, précarité…

Tant de thèmes dont Georgio souhaite s’émanciper comme il le suggère dans le refrain qui sonne comme un appel au renouveau : 

« Si tu savais d’où j’viens, tu comprendrais que j’m’en vais, j’m’en vais,

Personne m’a ramené l’soleil quand dans ma vie il neigeait ».

Cette volonté de s’échapper de cette jeunesse tourmentée est l’une des trames du disque oscillant perpétuellement entre mélancolie et bonheur, solitude et amitié, désespoir et amour. C’est d’ailleurs comme constamment partagé entre des forces opposées que se définit lui même le rappeur dans « Roule« : 

« Vivre à mes cotés, j’sais qu’c’est un peu spécial,

J’suis toute l’année entre soleil et glace,

Entre poème et crasse, entre ronces et bétail,

 Le meilleur et le pire ouais, j’suis doux et bestial.« 

Mais plus encore, c’est en revenant sur ce passé qu’il souhaite l’enterrer, comme le suggère la pochette de l’album, ou du moins définitivement le laisser derrière lui, d’où de nombreuses réflexions quant à sa volonté de s’échapper, de s’envoler…

Un nouvel album, de nouveaux enjeux

Au fil de cet opus, des thématiques plus gaies se dessinent et nous laissent découvrir différentes facettes du rappeur. Tout d’abord on retrouve dans différents titres le champ lexical de l’ambition et de la réussite, deux sujets très présents dans le rap francophone mais dont Georgio ne s’est jamais réellement emparé. Loin de ne proposer qu’un simple égotrip, cette valorisation de son succès est présentée comme une revanche face à la vie et se veut être une source d’inspiration et de motivation pour ceux qui l’écoutent.

« J’suis qu’un gosse maudit, j’rêve de grosses coupures,

J’ai des p’tites balafres, j’avance dos au mur,

Ma jeunesse entière, c’est d’la haute voltige,

Au fond du puits j‘t’ais pas l’gosse prodige,

Maintenant, j’lis des poèmes pour la haute couture. »

Dans l’éventail des éléments abordés dans ce disque on trouve également celui des relations amoureuses et sentimentales de l’artiste, un sujet que maîtrise bien Georgio et qu’il a notamment sublimé dans l’album Héra et son morceau éponyme. En effet, ces notions plutôt poétique correspondent très bien au style d’écriture et à la verve du rappeur. Dans XX5 le morceau « 31 janvier », qui vient presque clôturer l’album, est un véritable hymne à l’amour, chose qui n’est pas si aisée à effectuer dans un style musical comme le rap où la tendresse est globalement absente, voire présentée comme dangereuse (même si l’on observe une certaine évolution du rap francophone qui tend vers l’intégration des différentes formes de sentimentalités).

C’est peut être lorsque Georgio rappe l’amour et la liberté qu’il est le plus juste, le plus touchant . Ceux qui l’écoutent par l’authenticité de son écriture et l’émotion de sa voix ainsi que par sa capacité presque inégalable à chanter et faire ressentir ce qu’il y a d’universel.

« Encore un drôle de soir où on sort et on boit et on baise et on dort,

On use de nos voix même si l’silence est d’or,

Et c’est comme ça qu’on pense, quand on aime et qu’tout va bien,

J’efface les galères tour à tour quand j’sens ta peau sous ma main. »

Une véritable réussite

Écouter XX5, c’est entrer dans un univers particulier et intimiste. C’est découvrir ou redécouvrir une écriture fine, authentique ainsi qu’un grain de voix particulier faisant de Georgio un rappeur à part. C’est se prendre de plein fouet un personnage terriblement humain, torturé entre des sentiments contradictoires, avide de liberté et d’amour mais rappant la mélancolie comme nul autre. C’est comprendre ses états d’âme, c’est rentrer dans ses rêveries, ses combats. C’est aussi comprendre que l’écriture de Georgio est intimement liée à une partie de sa vie, une « jeunesse gâchée » qui laisse des traces indélébiles dans son écriture. Avec ce troisième album et du haut de ses 25 ans, le rappeur s’installe confortablement dans le « rap game » et confirme  qu’il possède l’une des plus belles plumes de la scène francophone.

Victor Mottin

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