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Les relations entre élèves et professeurs : comment se réconcilier ?

Octobre 2018, au Lycée Edouart-Branly, de Créteil, une professeure se retrouve face à deux élèves lui braquant sur la tempe une arme factice. Entre les élèves et les professeurs rien ne va plus. Dans ce premier volet d’une série de reportages sur l’éducation, nous aborderons la manière dont les professeurs sont formés et quelles solutions sont envisageables pour une école moins violente et des professeurs plus sereins.

Octobre 2018, au Lycée Edouart-Branly, de Créteil, une professeure se retrouve face à deux élèves lui braquant sur la tempe une arme factice. Entre les élèves et les professeurs rien ne va plus. Dans ce premier volet d’une série de reportages sur l’éducation, nous aborderons la manière dont les professeurs sont formés et quelles solutions sont envisageables pour une école moins violente et des professeurs plus sereins. 

« Dans les quartiers les plus difficiles, je pense en particulier aux Quartiers de reconquête républicaine, je n’exclus pas la possibilité (…) à des moments de tensions particulières dans la journée, de présence physique de forces de l’ordre dans l’établissement, évidemment avec l’accord du chef d’établissement. » avait déclaré Christophe Castaner au mois d’octobre. Le gouvernement s’est donc fermement positionné avec la volonté de renforcer la « sécurité » dans les écoles. Sans lourdeur aucune, rappelons nous l’adage « mieux vaux prévenir que guérir », or, ici, les réactions immédiates ont pourtant été de vouloir guérir avant même d’avoir penser à prévenir. Avant d’envoyer les forces de l’ordre dans nos établissements, pourquoi ne pas renforcer, accompagner et encadrer le corps enseignant ? Les élèves ne sont pas des individus potentiellement dangereux à mettre en cage. « Mettons des barrières aux fenêtres tant qu’on y est ? » ironise Juliette, que je rencontre un après-midi pluvieux. Elle est étudiante en Humanités à l’Université de Nanterre, passionnée de littérature, elle se prépare au concours de l’Agrégation. [1]

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©Twitter

« Ils sont toujours reconnaissants lorsqu’il y a de la bonne volonté. » nous confie Juliette, qui a pu concrétiser son envie de devenir professeur tout en l’alliant à un job étudiant. Elle fut étudiante apprentie professeure (EAP) pendant deux ans, ce qui lui a ensuite permis d’obtenir un contrat d’assistante pédagogique au sein du Collège Paul Éluard de Nanterre Préfecture classé ZEP. [2] Nous avons abordé ensemble de nombreux sujets relatifs à l’éducation, les bons et les mauvais aspects mais surtout son statut d’EAP, qui pourrait permettre de régler une partie des problèmes rencontrés par l’Education nationale.

Nous avons parlé du système de points mis en place par l’Education Nationale : les jeunes professeurs sont obligés d’enseigner dans des zones dites « difficiles » ou « sensibles » pour ensuite acquérir le nombre de points nécessaire à leur re-mutation vers des zones plus « tranquilles ». Au moment de leur carrière où ils sont les plus fragiles, les enseignants se voient contraints de travailler dans ces espaces dessinés par un système de zone ségrégationniste, distinguant les « bons » et les « mauvais » établissements. En envoyant de jeunes gens, dans les zones les plus compliquées, où les problèmes de disciplines sont les plus exacerbés, à quoi s’attendait-on ? On se retrouve avec des professeurs qui n’arrivent pas à maintenir le calme dans une classe, et qui se retrouvent submergés, faisant face à un groupe d’élèves pour la première fois. Il est également possible de parler du cas des professeurs contractuels, à qui l’on fait appel de plus en plus pour remplir les trous. Les professeurs contractuels n’ont ni master, ni CAPES, et ont encore moins l’Agrégation. Une licence suffit à devenir professeur remplaçant au collège ou au lycée, mais qu’en est-il de la pédagogie ? Ces enseignants là sont encore plus livrés à eux-mêmes, n’ayant absolument aucune formation. De nombreux adolescents pourraient vous raconter de belles anecdotes sur des séances avec des professeurs remplaçants : bruits incessants, chahut, non respect de l’autorité, contestations, refus générale de participation, et bien d’autres encore. Par le brouhaha, les élèves empêchent ce nouveau professeur de prendre la parole et le condamne à une heure de tentatives vaines de rétablir le calme. Une bonne heure de rigolade avec les copains, mais une heure de perdue.

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©Académie de Paris (https://www.ac-paris.fr/portail/jcms/p2_749208/recrutement-des-personnels-non-titulaires)

Le statut d’EAP est l’alternative la plus à même de répondre à plusieurs problèmes en même temps. Juliette me confie que cela permet « d’apprendre à faire son métier avec un filet. Tu ne te rends jamais compte des moindres détails qui peuvent faire capoter ta séance. Ce sont vraiment des choses que tu réalises en l’expérimentant, là tu peux te tromper mais c’est pas grave parce que l’enseignante est toujours derrière toi. » A deux, ils sont plus forts, lorsque l’apprenti professeur se dégourdit, il peut s’organiser avec le professeur pour faire des groupes de niveaux, mettre en place des ateliers. Non seulement deux paires d’yeux maintiennent l’autorité mais ce sont aussi deux cerveaux et une attention décuplée prête à répondre aux besoins des élèves. « Ce qui est bien quand tu es EAP, c’est que tu peux vraiment avoir une bonne relation avec eux. Tu n’es pas une instance répressive, tu n’es pas celle qui punit ou qui met les notes. » nous confie la professeure en devenir. Cette expérience lui a permis de comprendre comment se positionner face à une classe, comment créer un lien avec les élèves, mais aussi à structurer une heure de cours et comment le mettre en pratique : en bref tout ce qu’il faut savoir pour bien commencer sa carrière.

Cette formation n’est pour l’instant disponible que dans les académies d’Amiens, de Créteil, de Guyane, de Reims et de Versailles. Cinq académies sur les trente que l’on compte en France métropolitaine et dans les départements d’Outre-mer. De plus, cette possibilité n’est accordée qu’à quatre disciplines seulement : l’allemand, l’anglais, les lettres, et les mathématiques. Qu’en est-il de nos professeurs de SVT, de physique-chimie, de musique, d’arts-plastiques, d’histoire et de géographie ? Tous se retrouvent face à une classe pour la première fois le jour de la rentrée.

Pour protéger aux mieux les élèves mais aussi les professeurs, quoi de mieux que de leur donner les véritables armes ? Profitons-en pour en finir avec ce champ lexical de la guerre et repartir sur une note plus optimiste, en commençant par parler de clés. Donnons les clés aux professeurs pour comprendre les élèves et apprendre à se positionner face à eux, à leur apporter le soutien et l’accompagnement dont ils ont besoin. A coups de stages et de pratiques, mais s’il vous plaît, pas à coups de matraques.

Lila Casidanus

[1] Agrégation : concours de recrutement des professeurs

[2] ZEP : Zone d’Education Prioritaire

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