Éditos Européennes 2019 France Histoire Partis politiques Politique Séries Société

Les Républicains

Dans La droite, hier et aujourd’hui, l’historien Michel Winock rappel que “la droite n’existe et ne se définit qu’en raison de l’existence d’une gauche. Elle n’est pas une entité ; elle n’est fondée que sur des rapports”. De ce point de vue, l’historien rappelle que la France a en effet inventé la gauche et la droite, faisant de ce clivage, d’abord idéologique, un lieu essentiel de l’affrontement entre ces figures antagonistes de la Nation : la version monarchique débutant avec Hugues Capet, jusqu’à la décapitation de Louis XVI le 21 janvier 1793 et la version révolutionnaire, de 1791 jusqu’à nos jours. Clivage qui s’est traduit le plus souvent, par un climat permanent de violence rampant.

Une histoire à rebours

Dans La droite, hier et aujourd’hui, l’historien Michel Winock [1] rappel que “la droite n’existe et ne se définit qu’en raison de l’existence d’une gauche. Elle n’est pas une entité ; elle n’est fondée que sur des rapports”. De ce point de vue, l’historien rappelle que la France a en effet inventé la gauche et la droite, faisant de ce clivage, d’abord idéologique, un lieu essentiel de l’affrontement entre ces figures antagonistes de la Nation : la version monarchique débutant avec Hugues Capet, jusqu’à la décapitation de Louis XVI le 21 janvier 1793 et la version révolutionnaire, de 1791 jusqu’à nos jours. Clivage qui s’est traduit le plus souvent, par un climat permanent de violence rampant. La droite, dès la Révolution, veut préserver ce qu’elle est en mesure de sauver de l’héritage du passé, de la tradition, de la coutume. D’ailleurs, la page d’accueil du parti des Républicains s’inscrit toujours dans cette ligne puisqu’ils souhaitent “(…) rétablir la France dans ce qu’elle a de plus beau[2]. La stabilité d’abord. La gauche, quant à elle, n’a d’yeux que pour l’avenir à construire. Le changement d’abord. L’une semble conservatrice, l’autre progressiste. D’ailleurs, ces deux attitudes politiques majeures se retrouvent peu ou prou dans les pays d’Occident et au-delà. En Grande-Bretagne, à la Chambre des Communes se disputaient les tories et les whigs ; aujourd’hui s’y affrontent les conservateurs et les travaillistes. En Allemagne, la sociale-démocratie doit faire face aux chrétiens sociaux de la CDU. Toutefois, cet antagonisme structurel des États démocratiques paraît trop simple au regard des réalités de la vie politique. Par la pluralité, la gauche ou plutôt les gauches ont montré, dans le précédent article, leurs dissidences, allant jusqu’à leur incapacité de s’unir pour les Européennes, tout en laissant leur principaux électeurs dans un profond embarras. Mais la droite, ou plutôt les droites, à l’heure des Européennes, ne sont pas exemptées d’une telle critique. De ce fait, les droites révèlent, aujourd’hui encore et de tout temps, leur très grande pluralité. Des premiers Contre-Révolutionnaires, placés bientôt à la droite du président de l’Assemblée constituante de 1789, jusqu’à la formation, en 2016 du parti des Républicains, l’histoire est longue, tumultueuse et semée d’embûches. Si la droite semble “introuvable” pour l’historien C. Weil, il s’agit pourtant d’en revenir à leur matrice commune : à l’histoire. Cet article a donc pour but, dans un contexte de course jusqu’à Bruxelles, de raconter, à grand trait, cette histoire. Un retour en arrière pour éclairer le présent.

A la droite plutôt qu’à la gauche du président de séance : naissance d’un clivage sous la Révolution française

Lorsque les députés légitimistes à la Constituante, en 1789, choisirent de se grouper à la droite du président de séance, selon l’antique tradition qui voulait que les amis du roi se tiennent à sa droite, ils inventèrent, sans le savoir, des catégories politiques appelées à devenir universelles. Pourtant, ce regroupement directionnel n’admettait pas d’unanimité entre ces membres, ni même de partis organisés. En effet, en 1789, la convocation des États généraux avait été suivie par l’autoproclamation de ses députés en Assemblée nationale constituante. L’objectif était pour leur majorité de remplacer la monarchie absolue par une monarchie constitutionnelle qui limiterait les pouvoirs du roi. De là s’ensuivit une longue discussion sur un projet de Constitution, notamment sur les futurs pouvoirs du monarque. Les élus les plus radicaux autour de Desmoulins furent hostiles à l’idée que le roi conserve un quelconque droit de veto sur les décisions du peuple souverain. Les aristocrates, le haut clergé, tous ceux qui n’imaginaient pas que le monarque puisse être soudain réduit à l’état de politique, se retrouvèrent de l’autre côté. Si la monarchie constitutionnelle semble l’emporter à l’aube de la Révolution, les événements de Varennes, les périls intérieurs en lien avec la Vendée et les périls extérieurs en lien avec les monarchies européennes viennent remettre en question la sauvegarde du roi à la tête du pays. Finalement, le 21 septembre 1793, ce dernier meurt, laissant le pays sous le contrôle quasi intégral de la Convention et du Comité de Salut Public, majoritairement Montagnard, tout en ouvrant avec lui, la période de la Terreur qui ne connaîtra son épilogue qu’avec la mort de Robespierre, le 24 juillet 1794 et le coup d’Etat de Napoléon Bonaparte, le 18 brumaire 1799.

Que faire de l’héritage de 1789 ? Les trois familles de la droite

La question généalogique est centrale dans l’analyse des droites. Traitée par René Rémond en 1954 dans La droite en France de 1815 à nos jours, elle fut reprise en 1982 sous le titre Les droites en France, conscient que ce phénomène de longue duré est né avec la Révolution mais se divise très largement au cours du XIXème et du XXème siècle. Dans cet ouvrage majeur, bien que critiqué quant à l’idée d’une continuité du courant au XIXème siècle, René Rémond distingue trois courants au sein de la droite : contre-révolutionnaire et traditionaliste, conservateur et libéral, autoritaire et nationaliste, correspondant aux régimes qui se sont succédés en France dans les trois premiers quarts du XIXème siècle, eux-même définis par leur attitude à l’égard de la Révolution française : le refus et la contre-révolution, rêvant d’un retour aux privilèges, sur le modèle quasi féodal de Louis IX et d’Henri IV plutôt que sur les rois absolus (les “Ultras” de la Restauration à qui succèdent les “légitimistes”) ; l’acceptation de la phase libérale de la Révolution – la liberté, la monarchie tempérée calquée sur le modèle anglais, l’égalité civile, mais sans aller jusqu’à l’égalité politique – (l”’orléanisme”, au pouvoir sous la monarchie de Juillet) ; enfin, la consolidation autoritaire de certains acquis révolutionnaires liée à l’idée de dépassement des conflits nés de la Révolution dans la grandeur nationale, malmenée par les conquêtes napoléoniennes en Europe, en quoi consiste le “césarisme démocratique” de Bonaparte, sous le Premier et Second Empires.

De fait, René Rémond démontre que ces trois traditions, dont la France est aujourd’hui l’héritière, éteintes dans leur aspect originel à la fin du XIXème siècle, se retrouvent au XXème siècle, sous une apparence différente, incarnées dans une forme politique nouvelle, lié tout particulièrement au contexte historique qui l’accueille.

Vers la lente formation d’un parti unifié : le futur RPF

Jusqu’à la IIIème République, l’écroulement de l’idée monarchique, affaiblissant de fait, une partie de la droite.

De la Restauration à la fin du Second Empire, les droites françaises ne forment pas un parti unifié. Cependant, la fin de l’Empire est suivie d’une phase décisive sur le plan politique, marquée par l’opposition binaire sauvegardée entre droites monarchistes et gauches républicaines. Les droites monarchistes sont impuissantes à restaurer la monarchie, alors même que la France subit la défaite prussienne, l’expérience de la Commune et la volonté des Français d’un retour au calme, à la stabilité et à la paix. Arrivé par surprise, le régime républicain, mal préparé à l’exercice du pouvoir doit apprendre à gouverner au milieu de ces contingences terribles. De fait, l’idée monarchique aurait pu réapparaître, soutenue par une partie de la droite la plus conservatrice et le “gouvernement d’ordre moral”. Pourtant, suite à la mort du comte de Chambord (possible héritier au trône disparu) et l’expérience mac-mahoniste, la République est choisie, envers et contre tous. La victoire de la gauche républicaine rejette ainsi les droites monarchisantes, dans une opposition définitive, qui les conduit à une disparition progressive, effective à la fin du XIXème siècle.

Pourtant, les années 1880 marquent un tournant décisif dans l’histoire des droites : A leur manière, certaines assurent la relève. En effet, dans un contexte où la République parlementaire acquiert un caractère d’intangibilité, confortée par sa situation désormais majoritaire dans le pays, les affrontements organisés entre la gauche, républicaine, et la droite, monarchiste, ne peuvent revêtir qu’un aspect limité à l’existence ou non du régime. Dans une telle situation, aucune alternance n’est possible, et il sera toujours loisible aux forces républicaines modérées, majoritaires, réalisant une unité factice, de regrouper toutes les gauches dans une “défense républicaine”. La voie est alors ouverte aux mouvements protestataires. Tels sont les paradoxes de la Républiques “absolue” décrétée par le président Jules Grévy, ou “souveraine”..

Le découragement qui saisit les troupes conservatrices durant les années 1880 n’est pas dû aux seules défaites électorales mettant en échec l’idée monarchique, mais à leur absence de projet politique. Les royalistes semblent retrouver leur unité après la mort de Chambord (1883) autour du prince Philippe d’Orléans, mais ils n’arrivent pas à définir une ligne claire entre les aspirations dynamiques, religieuses, ou sociales. Les bonapartistes, après la mort du prince impérial, fils de Napoléon III, en 1879, se divisent entre “jérômistes” (partisans du prince Jérôme, héritier de la tendance bonapartiste de gauche) et “victoriens” (partisan du prince Victor), plus conservateurs et nettement majoritaires. Dans ces conditions, il ne se produit pas de renouvellement significatif des structures. Mais le surgissement du boulangisme vient perturber ce climat de fixité sans pour autant proposer une union synthétique de toutes les droites dissidentes. Issu du vaste mouvement d’opinion qu’avaient formé à la fois une vague d’antiparlementarisme et une grave crise économique, il rassembla les adversaires du régime en place au point de le menacer. Venus de l’extrême droite bonapartiste et militariste, comme Déroulède, ou de l’extrême gauche du parti radical, comme Henri Rochefort, les boulangistes voulaient établir un gouvernement fort et préparer la revanche sur l’Allemagne. Le mouvement s’éteindra finalement après la mort de Boulanger lui même en 1890.

La première moitié du XXème siècle : vers une unification de la droite française dans des structures partisanes.

C’est à l’approche ou au lendemain des élections de 1902 que les groupes politiques s’organisent formellement en partis, dynamisés par la loi du 1er juillet 1901 sur les associations.

Alors que les socialistes se divisent progressivement, à l’instars des différents congrès se succédant, l’aile républicaine la plus à droite est aussi au point aux réformes de structures. Ainsi, à l’initiative de l’industriel Eugène Motte est fondée, en novembre 1903, une “Fédération républicaine” qui regroupe les “progressistes” antidreyfusards et des catholiques ralliés. Il s’agit là d’une droite conservatrice acceptant le régime républicain et parlementaire mais très hostile à la politique laïque et attachée à l’ordre social.  Parti de la bourgeoisie républicaine, notamment liée aux milieux d’affaires, très opposé aux réformes sociales et partisan d’une certaine décentralisation, cette fédération est l’une des premières à être favorable au droit de vote des femmes.

Tout autre est l’Alliance démocratique, créée dès 1901, qui rassemble alors derrière Waldeck-Rousseau, les modérés qui ont pris parti pour le camp dreyfusard et n’ont pas suivi les progressistes de Méline, mais qui refusent d’entrer au Parti radical et radical-socialiste, davantage centriste, créé en juin 1901. L’Alliance républicaine démocratique est moins un parti qu’un rassemblement de personnalités qui ont en commun une conviction laïque et le conservatisme social. Proche des milieux d’affaires, attachés au régime parlementaire, libéraux, ils forment un centre droit, une position charnière qui leur permet de gouverner avec les radicaux, comme ce fut le cas de Poincaré de 1926 à 1928 succédant la victoire du Cartel de Gauche, et précédent la victoire du Bloc National, aux sorties de la Première Guerre mondiale.

Dans la foulée, les ligues qui contestent le régime connaissent des destins divers qui auront une influence, dans l’Entre-deux-guerres, sur la droite républicaine. Seule l’Action Française voit son influence s’affermir, aux tendances monarchistes, antiparlementaires et antisémites [3].

Les années 1930 sont quant à elle, traversées par la grande crise économique et la montée des dictatures en Europe. Ces années sont décisives au sens où elles redistribuent à nouveau les cartes. La droite parlementaire a perdu le pouvoir – sauf la collaboration des plus modérés aux gouvernements d’Union nationale avec les radicaux de 1934 à 1936 et de 1938 à 1940. L’expression la plus visible, la plus sonore, la plus véhémente de la droite est extraparlementaire. Elle est le fait des ligues et des journaux à grands tirages, plus ou moins pénétrés d’esprit fascisant. L’exemple le plus abouti reste celui du passage de la ligue des Croix-de-Feu au Parti social français, qui, malgré sa tendance fascisante, respecte désormais la légalité républicaine. De là, la radicalisation de la droite ou plutôt d’une partie de la droite, recevant un grand écho chez les masses populaires est fait marquant des années 1930. Toutefois, une constante semble demeurer : l’extrême division de ses chefs, de ses partis et de ses doctrine. Un exemple peut l’illustrer : si même divisée, la droite avait jusqu’en 1914, une attitude commune face au danger allemand, il n’en reste plus rien dans l’Entre-deux-guerres. L’hostilité au Front populaire et l’anti-communisme ont creusé la division entre ceux qu’on appelle les “munichois”- qui ont applaudi aux accords de Munich, cette capitulation diplomatique devant Hitler en 1938 – et les “antimunichois”, restés fidèles à l’idéal patriotique. La ligne de clivage ne sépare plus la droite de la gauche mais chaque parti en lui-même.

En définitive, la IIIème République, qui s’effondre en 1940, a été le régime de la gauche modérée. Après la Grande Guerre, des gouvernements de droite sont sortis des élections de 1919 ou de 1928. Mais ces gouvernements sont présidés par des républicains de l’ancienne gauche modérée. Les grandes forces électorales de la droite, recrutées parmi les catholiques surtout, n’ont jamais vu leurs leaders à la tête d’un gouvernement. C’est le centre droit, républicain et libéral, issu de la République de Jules Ferry et de Waldeck-Rousseau, qui a seule vocation au pouvoir.

La IIIème République, bousculée par l’émergence des ligues antiparlementaires et faute d’une gauche et d’une droite unifiées, organisées, et disciplinées, fait d’elle un régime parlementaire qui, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, ne fonctionne plus que par raccroc, sans majorité durable, ni alternance normale.

De la construction de l’hégémonie gaulliste aux droites au pouvoir : entre mémorialisme, conservatisme, et modernité

Honnir Pétain, affirmer De Gaulle : la construction d’une légitimité sans la sanction du vote…

Ayant déclaré la guerre à contrecœur et choisi une stratégie défensive, la France se réfugie dans la passivité de la “drôle de guerre”. L’attaque allemande à l’Ouest provoque son effondrement militaire et la signature d’un armistice draconien par le gouvernement du maréchal Pétain. Le 10 juillet 1940, le traumatisme de la défaite conduit l’Assemblée nationale à attribuer les pleins pouvoirs à ce dernier. Sous le nom de Révolution nationale, le gouvernement installé à Vichy met alors en place une dictature corporative, cléricale, élitiste et profondément antibolchévik qui dérive vers un État policier persécutant les Juifs, les démocrates et les hommes et les femmes de gauche. La République est ainsi balayée pour mieux fonder un “Ordre Nouveau”, devant manifester l’esprit de la Révolution nationale. Au milieu de 1941, le régime apparaît ainsi comme un État autoritaire, une dictature pourchassant ses adversaires politiques, mais il n’est incontestablement pas un fascisme. On n’y discerne ni idéologie officielle et homogène, ni parti unique cherché de l’imposer, ni pratique totalitaire pour la mettre en oeuvre. C’est ainsi ce que Bernstein et Winock nomment un “régime réactionnaire”, celui d’une extrême droite traditionaliste.

Face à ce régime, sans réel parti, mais profondément de droite, De Gaulle s’engage à travers la Résistance. En effet, si Pétain souligne dans son discours du 16 juin 1940 que la France doit collaborer, De Gaulle rétorque le 18 juin que “ nous avons perdu une bataille” mais que “nous n’avons pas perdu la guerre”. D’abord hétérogène et diffuse, la Résistance s’organise, de loin, derrière le Général de Gaulle, représenté par Jean Moulin et avec l’appui incontestable et capital du parti communiste en juin 1941. De là, si De Gaulle parvient à se rendre légitime face aux acteurs de la résistance, il doit encore gagner la confiance des Alliés, affirmer son caractère représentatif en formant un véritable contre-pouvoir étatique de la Résistance. Le Conseil national de la Résistance se met en place et dès le printemps 1944, le pouvoir de la Résistance est prêt à se substituer à celui de Vichy, comprenant un gouvernement, le CFLN, qui en juin 1944, prend le nom de Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). La mise en place de ce contre-pouvoir pose au départ, le problème de la manière dont s’effectura la succession éventuelle de Vichy lors de la Libération. Problème qui est rapidement résolu par la nomination de De Gaulle en président du GPRF au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

La construction de l’hégémonie gaulliste.

La Seconde Guerre mondiale a bouleversé le tableau de la vie politique française. Vichy honni, discrédité, ce sont les hommes de la France libre et de la Résistance qui occupent désormais la place, alors que les tribunaux d’épuration mettent hors jeu des milliers de Français compromis dans la Collaboration.

Cette légitimité – la Résistance – provoque un changement capital : l’intégration plénière des catholiques dans la République. Le chef de la France libre, devenu le président du GPRF en 1944, Charles de Gaulle, est lui même un catholique. Autre changement de poids : un décret de 1944 donne enfin le droit de vote aux Françaises. De là, plusieurs partis de droite vont se créer, mais seules deux vont acquérir un électorat de grande envergure : Le MRP et le RPF.

Le MRP, créé en novembre 1944, présidé d’abord par Maurice Schumann, appartient à la famille des “démocraties chrétiennes” quoiqu’il n’ait pas de référence confessionnelle. Entre les deux guerres, deux formations avaient vu le jour, la Jeune République et le Parti Démocrate populaire, lesquels ne comptaient que quelques députés. De là, le MRP devient le deuxième parti de France, derrière le parti communiste désormais plus puissant que le parti socialiste.

Si De Gaulle soutient au départ la ligne du MRP, il rompt rapidement avec cette faction, à propos du choix des institutions à donner à la France. Le discours de Bayeux 1946 annonce ainsi la ligne choisie par De Gaulle : les institutions devront être fortes, davantage qu’elles ne l’avaient été sous la IIIème République. Il s’agira également et surtout, de faire du pouvoir exécutif, incarné par le Président de la République, la clé de voûte de la Constitution et de la direction du pays.  Le RPF est ainsi créé en avril 1947. La grande spécificité de ce parti, bien qu’éphémère, est sa volonté de se placer au dessus de la logique partisane, celle du clivage droite-gauche, largement épris de la vision gaullienne. Il est finalement mis en sommeil en septembre 1955.

Notons que l’histoire du RPF est à inscrire, selon René Rémond, dans l’héritage de la droite bonapartiste. Certes, de Gaulle n’a jamais manifesté de sympathie particulière pour Napoléon III et son régime, mais il est vrai que sa vision constitutionnelle ne manque pas de ressemblance avec le bonapartisme. Assurément, aucun référence dynastique, et aucun projet d’Empire héréditaire ! Mais deux éléments du bonapartisme se retrouvent dans le gaullisme : la méfiance envers les assemblées au profit d’un chef de l’exécutif solidement investi et disposant de vrais pouvoirs, et sa prédisposition à l’appel au peuple (soit par référendum, soit, plus tard, par l’élection directe du Président au suffrage universel). Cette tendance bonapartiste est pénétrée par ce que nous avons appelé un nationalisme ouvert, entendons par là un attachement viscéral à l’indépendance de la France et à la défense de ses intérêts, mais imperméable à toute xénophobie ou racisme. Pour de Gaulle, la vérité politique de son temps est l’Etat-Nation ; toute sa vie, il défendra les Etats-Nations contre les superpuissances, mais aussi contre les constructions supranationales. Le RPF a été résolument hostile à la constitution d’une armée européenne (CED), dans la crainte que la France ne perde sa souveraineté en matière de défense.

L’UDR-RPR-UDF : de Pompidou à Chirac en passant par Valéry Giscard d’Estaing.

Une fois la Vème République imposée par de Gaulle, les droites s’organisent de façon beaucoup plus structurée, afin de s’assurer, dans la nouvelle Assemblée, une majorité nécessaire pour gouverner et faire des réformes de fond. Le maintien de la Constitution gaulliste fut la victoire posthume du général de Gaulle. Son successeur, Georges Pompidou, ancien Premier ministre, plus conservateur réussit à enraciner un peu plus le régime de la Vème République. Mais la droite gaulliste, sans de Gaulle risquait de disparaître au bénéfice d’une droite conservatrice et libérale qui pouvait remettre en question cette monarchie élective qu’avait fondée le Général. Cette droite libérale, alliée des gaullistes mais désireuse de jouer le premier rôle, trouva son champion en la personne de Valéry Giscard d’Estaing. Pas plus que les gaullistes, Valéry Giscard d’Estaing ne se disait “de droite” ; il voulait être le “centre”. En 1974, à la suite de Jacques Chirac, de nombreux gaullistes préfèrent élire Valéry Giscard d’Estaing, qui remportera l’élection après l’élimination du candidat gaulliste Jacques Chaban-Delmas. A la politique “d’ouverture dans la continuité” prônée par Pompidou succède ainsi le thème du “libéralisme avancé”. De là, des réformes de fond sont annoncées puis votées : l’IVG ou encore la majorité civile à 18 ans. Toutefois, les premiers effets de la crise pétrolières de 1973 frappent de plein fouet les ambitions de VGE et de son parti. Face à ces effets de la crise est immédiatement mis en chantier un plan de “refroidissement de l’économie” qui freine en réalité fortement l’investissement. A l’automne 1975, un plan de relance de la consommation est mis en place, à l’origine d’un fort déficit de la balance commerciale. En profond désaccord avec les orientations voulues par le président de la République, Jacques Chirac choisit la démission en août 1976 et crée la même année son propre parti, le Rassemblement pour la République (RPR), qui assume l’héritage du gaullisme. VGE, quant à lui, suscite deux ans plus tard le rassemblement des différentes formations libérales et de centre droit au sein de l’Union pour la démocratie française (UDF) destinée à soutenir sa politique.

Jusqu’en 1981, Jacques Chirac et les siens firent de leur mieux pour faire échouer VGE à l’élection présidentielle, qui fut remportée par François Mitterrand. La Vème République, qui avait cessé d’être pleinement gaulliste avec Giscard, passait sous la direction de la gauche : le cycle du maintien de la droite au pouvoir, de 1958 à 1981, soit pendant vingt-trois ans, était terminé.

Ainsi, la légitimité de la Résistance et de la France libre, la pleine réintégration des catholiques dans la République, la peur du communisme de guerre froide, peut-être dans une certaine mesure, le vote des femmes, tous ces éléments nouveaux de l’après-guerre ont contribué à changer la face des choses, en offrant les conditions du pouvoir à la droite. Sous la IVème République, d’abord, la droite libérale personnifiée par Antoine Pinay avait pu gouverner. Sous la Vème République, la droite gaulliste s’était imposée sous la magistrature du général de Gaulle puis de son lieutenant Georges Pompidou. Valéry Giscard d’Estaing a pu, un moment, laisser prévoir la fin du gaullisme avec la revanche de la droite libérale – mais une droite libérale parfaitement respectueuse des institutions du régime, et finalement balayée par le disciple de Pompidou, Jacques Chirac, fondateur du RPR. La gauche, en 1981, triomphait, mais le gaullisme, le principal parti d’opposition, disposant de 83 sièges contre une soixantaine pour l’UDF, l’hégémonie gaulliste se maintenait sur la droite.

La conduite du pouvoir sous Chirac.

Victorieuse comme prévu, la droite impose son chef Jacques Chirac à la tête du gouvernement le 20 mars 1986. Chacun s’attend à la défaite de François Mitterrand aux présidentielles de 1988. Mais le nouveau Premier ministre braque le pays par des mesures qui empruntent à l’idéologie néolibérale mise en selle dans les pays anglo-saxons par Margaret Thatcher et Ronald Reagan.

Son gouvernement va essuyer une succession d’échecs, des manifestations lycéennes de l’hiver 1986, marquées par la mort d’un jeune homme. François Mitterrand est réélu triomphalement à la présidence de la République (on se souvient du slogan : « Tonton, laisse pas béton [tomber en verlan] ! »).

Finalement miné par les intrigues dans le camp socialiste, la droite reprend sans trop de peine les rênes du gouvernement après les législatives de 1993 jusqu’à la présidence en 1995. Le mandat débute sous les auspices du changement et de la fermeté. Élément essentiel : Chirac souhaite rompre avec le silence de l’État quant à la question du régime de Vichy et du rôle qu’il avait joué dans la déportation des Juifs de France. Davantage attentiste que résistante, malgré la propagande gaulliste pour réconcilier la Nation, la France doit assumer la Collaboration. A cette première rupture, il faut ajouter le nouveau thème présidentiel avancé par l’Elysée. Souhaitant inscrire son mandat sur le thème de la “fracture sociale”, Chirac ne parvient cependant pas à maintenir son état de grâce : fin 1995, le plan de réforme de la Sécurité sociale lancé par le Premier ministre, Alain Juppé déclenche d’amples mouvements sociaux. Tiraillé entre ses promesses de campagne et les impératifs et contraintes du moment (poid de la dette de l’Etat, situation de la Sécurité sociale, question des retraites), la position du chef de l’État devient rapidement précaire. De là, Chirac décide de dissoudre l’Assemblée, sans avoir anticipé le possible rassemblement des dissidences de gauche, souhaitant s’emparer de cet instant pour former une majorité. La “gauche plurielle” (PS, PC, Les Verts…) avec à sa tête L. Jospin remporte les législatives de 1997. Chirac n’a d’autre choix que de prendre Jospin comme Premier ministre. C’est le début d’une nouvelle période de cohabitation, inversée par rapport aux deux précédentes : un Président de la République gaulliste cohabite désormais avec un Premier ministre socialiste.

Mais alors que l’extrême droite perce progressivement, il parvient à prendre place lors du second tour des élections présidentielles de 2002. L’émotion suscitée par ce succès de l’extrême droite provoque un réflexe d’union nationale qui permet à Jacques Chirac d’être largement élu (avec 82% des suffrages) pour son second mandat.

Républicain plutôt que UMP : de l’intérêt de changer de nom

L’après 2002 : le choix de l’UMP.

Après l’éruption de l’extrême droite dans la présidentielle de 2002, la droite traditionnelle, portée par Chirac au pouvoir, souhaite se renouveler. La droite est alors nommée “L’Union pour une majorité présidentielle” puis, “Union pour un mouvement populaire” dont Alain Juppé devient le président. Cette nouvelle métamorphose du gaullisme procède ainsi à l’absorption d’une partie du centre – un processus continu depuis l’élection de George Pompidou. On se demande alors si ce qui reste du centre droit, défendu par François Bayrou, a encore un avenir…

De ce deuxième mandat de Chirac, la ligne semble assez claire : ce dernier nomme le libéral Jean Pierre Raffarin et souhaite tout mettre en place pour relancer la croissance économique. Les 35 heures sont assouplies, l’impôt sur le revenu est réduit. La réforme des retraites, élaborée par le ministre François Fillon provoque un long mouvement de contestation sociale dans la fonction publique au printemps 2003, mais, en dépit du spectre de la mobilisation de 1995, la durée de cotisation des fonctionnaires est allongée et alignée sur celle des salariés du secteur privé. Par ailleurs, et outre certaines mesures relatives à la décentralisation et à l’Outre-Mer, la politique de lutte contre l’immigration clandestine est renforcée par différentes mesures de durcissement des conditions du regroupement familial et d’acquisition de la nationalité française ; le concept “d’immigration choisie” est inventé.

Si la faiblesse de l’assise électorale du pouvoir devient de plus en plus apparente face aux mouvements sociaux, une partie de l’aile droite du gouvernement, incarnée par Nicolas Sarkozy, n’hésite pas à en profiter pour proposer une nouvelle voie au parti et à la gouvernance du pays. En 2007, Nicolas Sarkozy parvient à s’imposer comme l’unique candidat de droite, face à la candidate socialiste Ségolène Royale, peu soutenue par son parti, à un candidat centriste, François Bayrou, dont le positionnement à équidistance de la gauche et de la droite est contesté dans son propre camp, et à une extrême droite affaiblie. Finalement, Nicolas Sarkozy remporte largement le second tour de l’élection avec 53% des suffrages contre la candidate PS Ségolène Royale.

Sarkozy et le sarkozysme : une nouvelle ligne droitière.

L’historien Winock rappelle que l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République en 2007 a paru comme un tournant dans l’histoire de la droite. Le nouveau chef de l’Etat affirmait sa volonté d’oeuvrer pour tous les Français, de briser les carcans et la langue de bois, d’instaurer une “république irréprochable”. A la fin du quinquennat, la déception des électeurs est profonde, la cote de popularité du Président au plus bas, le dégoût de la politique généralisé. Certes, la crise financière de 2008, suivie par la crise de l’euro et la menace de récession ont plongé tous les gouvernements occidentaux dans la tourmente, mais la défiance manifestée par l’opinion française a ses caractères particuliers. La droite préside, la droite gouverne, la droite est soutenue par son parti, mais, au fond, personne ne sait plus très bien ce qu’est la droite aujourd’hui.

Notons d’abord que Sarkozy avait pu compter sur l’UMP, dont il avait pris d’assaut la présidence contre les voeux du président de la République Jacques Chirac. Il appartient donc à ce néogaullisme dont celui-ci avait été l’artisan. Mais s’agit-il encore de gaullisme à un degré quelconque ? Il faut d’abord remarquer que, contrairement à ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy s’est affiché comme un candidat de “la droite républicaine”. Avec tant de soin et de constance, gaullistes et néogaullistes avaient refusé l’étiquette de droite, quand bien même ils étaient le premier parti de la droite. L’idéal ou le mythe du “rassemblement” interdisait aux fidèles du Général d’accepter la coupure idéologique droite/gauche. Sarkozy, d’une autre génération, peu enclin à l’admiration du général de Gaulle, aimant appeler un chat un chat, assoit sa candidature et son parti sur une profession de foi sans détour.

La thématique de sa campagne électorale confirme la nature droitière de Sarkozy de manière plus marquée que celle d’un Chirac. Le plus clair, aux yeux des observateurs est que lui seul a réussi à capter l’audience d’une bonne partie de l’électorat lepéniste. On estime à environ 1 350 0000 le nombre des électeurs du FN passés entre 2002 et 2007 au candidat de l’UMP. Pour y parvenir, celui-ci a fait valoir sa détermination dans les deux domaines les plus sensibles de cet électorat : l’insécurité et l’immigration. Parallèlement, ce dernier a fait prévaloir les grandes valeurs de la droite : l’autorité, le travail, le mérite, l’identité nationale.

La conduite du pouvoir sous Sarkozy semble aussi renouer avec l’ancienne tradition gaulliste, même si la référence n’est pas explicite. L’implication personnelle du président dans la détermination des orientations gouvernementales condamne son Premier ministre, François Fillon, à jouer un rôle subalterne. Se pose alors la question des évolutions institutionnelles induites par le quinquennat et par la concordance des mandats présidentiel et législatif. Pour les uns, cette réforme, qui rend improbable toute nouvelle cohabitation et assure à l’exécutif une majorité parlementaire, s’inscrit dans la logique des institutions établies par le Général. L’effacement du Premier ministre au profit du Président serait spécifiquement lié à la personnalité et au volontarisme de Sarkozy. Pour d’autres, en revanche, la transformation du Président de la République en chef de la majorité parlementaire et en chef du gouvernement résulte d’une présidentialisation implicite du régime induite par la réforme du quinquennat.

Les temps de la rupture.

Le bilan de la présidence de Sarkozy a aussi permis à la droite de se fonder, une nouvelle fois. Affronté aux grandes crises des débuts du XXIème siècle, Nicolas Sarkozy a vite renoncé aux promesses de ses discours électoraux. Acculé à la défensive, il n’a su ou n’a pu redresser la droite au moyen d’un grand projet à partager entre les Français. Occupée de l’identité nationale, mais consciente des contraintes européennes et mondiales ; attachée aux principes républicains, mais soucieuse des effets sociaux de l’immigration ; favorable au libéralisme économique, mais traumatisée par les crises qui ont suivi les Trente Glorieuse ; désireuse de réformes mais épuisée sous le poids d’une dette publique écrasante, la droite de Sarkozy ne sait où diriger ses pas. Elle prône la sécurité et le bien-être mais les défaillances de la croissance lui ôtent les moyens de les assurer.

A quelques mois des élections de 2012, l’impression qu’elle donne d’un bateau ivre, elle n’en a pas, il est vrai, le monopole. Le bouleversement planétaire est en cours : la mondialisation, la montée en puissance des pays émergents, le défi écologique, etc., tout paraît rapprocher la droite et la gauche dans l’extrême difficulté à se définir dans un monde de plus en plus instable.

Finalement, François Hollande est élu sur le slogan “Le changement c’est maintenant” en 2012. Cinq années permettent ainsi à la droite, sans sortir du champ politique, de refonder un parti…. vraiment ?

Changer de nom, fonder un nouveau parti ? Les ambitions des Républicains post hollandisme et macronisme.

Dès 2015, partis politiques et particuliers avaient lancé une procédure pour interdire l’utilisation du nom Les Républicains, en remplacement du sigle UMP, pour le parti de Nicolas Sarkozy. Pourtant, en mai 2015, la cour de Justice autorise l’UMP à changer de nom, sous le regard avisé des partisans de la droite, favorables à ce changement de titulature, et avec le soutien indéfectible du trésorier du parti, qui pouvait dire, dans ce laps de temps : “aujourd’hui, c’est la liberté qui triomphe” (D. Fasquelle). Pour les partisans de gauche, il faut le dire, cette annonce a davantage suscité la critique qu’un réel consensus. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Chose établie, beaucoup ont cru voir dans ce changement un renouveau du parti, prêt à affronter les nouveaux enjeux d’une société de plus en plus divisée face, entre autres, à la montée des périls made in populisme. Quelles questions peuvent cependant être posées quant à la portée d’un tel changement, sachant, d’emblée, qu’aucune refonte idéologique n’a vraiment justifié cette nouvelle terminologie ? Déjà, l’acte de changer de nom a signifié, un temps, vouloir rompre avec les différents scandales politico-financiers qui avait très largement terni l’image du parti. De ce point de vue, il s’agissait de créer une nouvelle histoire, celle à nouveau basée sur l’idée de rassemblement. Mais à cette première idée vient s’adjoindre une deuxième, plus proche, semble-t-il  des réalités du monde politique. A l’approche des primaires de la droite, en 2016 et de l’élection présidentielle de 2017, il s’agissait, pour Nicolas Sarkozy, de s’imposer à nouveau comme le leader de son parti – le sien. Utiliser le terme de Républicain pouvait lui permettre de rallier à sa cause, une plus grande majorité allant de la droite la plus extrême, au centre le plus à gauche, profondément républicain. A coup de pub, de marketing politique, soi disant tourné vers l’avenir, cette action voulait en réalité dissimuler les cadavres judiciaires, comme Bygmalion lors de la première campagne présidentielle de Sarkozy. De là, il semble possible d’affirmer que le parti  souhaitait en finir avec l’image qu’il traînait, abîmé par ses propres fautes, pour s’offrir une nouvelle virginité. Surtout, on ne peut guère ignorer à quel point cette pratique – changer de nom et pas de fond – est une tactique employée par les grandes entreprises, aujourd’hui. Empêtrées dans des affaires ou face à des difficultés économiques, les groupes capitalistes n’hésitent pas à changer régulièrement d’intitulé. Aujourd’hui, personne ne peut échapper à la campagne de promotion réalisée par le groupe GDF-Suez, devenu Engie, qui tente lui aussi de faire croire à du neuf. Tout change, sauf le fond lui-même. Le procédé est similaire dans le domaine politique. Enfin, utiliser le terme de Républicain peut, apparaître comme un hold-up de l’idée républicaine elle-même. Les conséquences de cet accaparement viennent, d’un coup, brouiller une nouvelle fois le clivage droite/gauche qui persiste à avoir toujours un sens ; car après tout, il est si confortable d’arracher de la bouche, des mots qui sont nés dans le camp adverse…

Qu’est-ce qu’être de droite, aujourd’hui, en France ? Le cycle du gaullisme terminé, une ambiguïté est levée. Trop longtemps, les fidèles du général de Gaulle ont nié la division entre droite et gauche, pour mieux s’imposer comme une force au dessus des éternelles luttes intestines, propre à une scène politique démocratique. Pourtant, à partir de 1958, et plus encore après 1962, il n’est pas douteux qu’il existait une droite face à la gauche ; que le gaullisme était une droite, bien qu’il fût attaché à la formule du rassemblement et à l’idéal de “l’union sacrée”.  Or, la gauche, à partir de 1972, s’est unie avec un projet commun qui a fonctionné comme un outil de rassemblement d’un côté et comme repoussoir de l’autre. Être de droite dans les années 1970 et 1980, c’était défendre l’économie libérale contre le danger d’une économie administrée, c’est-à-dire étatisée, dont les nationalisations étaient le symbole. Etre de droite, c’était dénoncer l’alliance des communistes et des socialistes, voire, dénoncer les socialistes de faire le lit du communisme à une époque où l’URSS de Brejnev paraissait toute-puissante. De ce point de vue, les structures partisanes allant du RPF à l’UMP, en passant par l’UDR, le RPR ont permis de consolider ce clivage, leur donnant une forme et une certaine image.

Mais qu’en est-il depuis la fin du communisme et plus largement du triomphe de l’ère libérale à l’échelle planétaire ? La structure partisane de droite n’a pas été à l’abri de ce grand ébranlement. Aux figures charismatiques d’un de Gaulle ont succédé d’autres figures voulant incarner l’autorité à la tête d’un pays de plus en plus contraint de l’extérieur (la mondialisation, l’Union européenne, l’euro). L’idéologique a perdu de sa primauté, au profit du pragmatisme. Mais cet abandon de l’idéologie, du clivage, induit, au sein des partis de droite, des contradictions nouvelles. Ainsi, l’électeur traditionnel – s’il existe – de la droite reste-il attaché aux mœurs héritées, à l’éducation, à l’ordre social. Mais en même temps qu’il défend cet héritage, il défend également un type de développement économique dont la dynamique va directement contre la conservation de ces héritages. La mondialisation libérale, à laquelle la droite souhaite adapter notre société, c’est le développement du consumérisme, le règne de la pub, l’escalade de la violence et du sexe sur les chaînes télé et les réseaux sociaux, le goût de l’épanouissement personnel au détriment du culte de la patrie, la sainte méritocratie, etc. : bref, la droite gouvernante à l’aide de son appareil partisan, promeut un système économique qui assure le triomphe de l’individualisme. Mais en même temps, elle condamne sans appel au nom des valeurs qu’elle tient pour les plus hautes, celles de la morale républicaine, de la grandeur nationale, des idéaux spirituels.

A l’heure où la course jusqu’à Bruxelles est lancée, la droite n’a pas, semble-t-il, résolu cette contradiction. Mais le peut-elle vraiment ? Retrouver les voies d’une plus grande cohérence dans les perspectives politiques est le défi que les Français vont devoir relever dans les années à venir.

Victoria Delaunay


Notes de bas de page

[1] Michel Winock, La droite, hier et aujourd’hui, 2012. Professeur émérite des Universités à Sciences-Po, a publié notamment, dans la collection Perrin, La gauche en France et le XXème siècle idéologique et politique.

[2] Page officielle, les Républicains.fr, “Nous voulons rétablir la France dans ce qu’elle a de plus beau” (avril 2019).

[3] Un article consacré à l’Extrême droite française développera l’histoire de cette branche la plus radicale de droite, dans le dossier Histoire des Partis, Européennes.


Sources

  • ADOUMIÉ Vincent, Histoire de la France, De la monarchie à la république, 1815-1879, Hachette Supérieur.
  • BERSTEIN Serge et MILZA Pierre, Histoire du XXème siècle, la fin du monde européen, 1900-1945, Hatier.
  • LEDUC Jean, Histoire de la France, l’enracinement de la République, 1879-1918, Hachette Supérieur.
  • RÉMOND René, Les droites en France, Aubier, 1982.
  • RÉMOND René, Les droites aujourd’hui, Audibert, 2005.
  • VAVASSEUR-DESPERRIERS Jean, Les droites en France, Que sais-je, 2006.
  • WINOCK Michel, La droite hier et aujourd’hui, Perrin, 2012.

0 comments on “Les Républicains

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :